Ioukos au bord de la faillite ?

Par RG, le 06 juillet 2004 à 16h16 , mis à jour le 08 juillet 2004 à 17h43

La justice russe a mis ses menaces contre le goupe Ioukos à exécution. Mercredi, les dirigeants se sont vu notifier une procédure de saisie à hauteur de 3,4 milliards de dollars par "le service fédéral des huissiers de justice".

Photo AFP © INTERNE

"Cette fois il sera difficile pour Khodorkovski de s'en tirer, le piège s'est refermé !" C'est par cette phrase laconique qu'un trader spécialisé dans les matières premières, interrogé par tf1.fr a décrit la situation du premier producteur de pétrole. Mercredi après-midi, le "service fédéral des huissiers de justice" a en effet  lancé une procédure de saisie pour obtenir le recouvrement immédiat des arriérés fiscaux exigés de la compagnie. Ces huissiers étaient accompagnés par de nombreux policiers qui ont également procédé à des perquisitions dans les bureaux de Ioukos.

L'étau se resserre donc autour des dirigeants de Ioukos qui semblaient à court d'arguments pour contrer ces attaques jusqu'à la spectaculaire offre qu'ils ont rendu publique mercredi matin, à Londres. Selon le Financial Times, l'ex-patron de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski (qui est toujours en prison) aurait en effet proposé un accord global sur les lourds arriérés d'impôts du groupe, en échange des participations des grands actionnaires de Ioukos. Cette proposition de la dernière heure inclurait les 44% détenus par Khodorkovski et ses amis. L'idée est de vendre cet énorme paquet d'actions afin de régler en partie le litige fiscal qui plombe les comptes du groupe, en contrepartie d'une levée des poursuites judiciaires, et d'un délai de 3 ans pour appurer les dettes fiscales de Ioukos.

Inquiétude des investisseurs occidentaux

Cette brusque accélération de la chute de Ioukos inquiète les investisseurs étrangers. "Ces attaques téléguidées (par le clan au pouvoir) de la justice contre Ioukos rappellent des méthodes de l'ère soviétique" a indiqué à tf1.fr un trader souhaitant rester anonyme. "Si la justice russe le souhaitait, une machine à cash comme Ioukos, produisant 5 milliards de dollars de bénéfices grâce à la flambée du baril de brut cette année, pourrait payer ses arriérés d'impôts, et plutôt deux fois qu'une." "Aujourd'hui, le seul groupe russe du secteur qui souhaitait jouer la transparence sur ses finances est KO, et au bord du gouffre, uniquement pour des motifs politiques."

Mercredi soir, allant dans le même sens que ce professionnel du secteur, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), traditionnellement mesurée dans ses propos, fustigeait (dans une étude) "l'application très sélective de la loi" dans cette affaire. Parmi toutes les déclarations officielles concernant cette affaire celle du chancelier allemand Gerhard Schroeder est sans ambiguïté, et à contresens des investisseurs. Selon ce dernier, "le succès des réformes entreprises en Russie sous la conduite du président russe Vladimir Poutine a apporté la confiance" aux milieux d'affaires.

Pendant ce temps, à Moscou, les oligarques russes, y compris les plus puissants savent désormais, qu'il ne fait pas bon se frotter au maître du kremlin. L'ex-patron de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, qui ambitionnait de rivaliser avec Vladimir Poutine sur l'échiquier politique risque de rester 10 ans en prison, et son entreprise ne sera peut être plus qu'un souvenir d'ici quelques semaines.

Siège du groupe Ioukos. photo LCI

Par RG le 06 juillet 2004 à 16:16
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