Quatre ans qui ont changé l'Amérique

Par Léonard VINCENT, le 01 novembre 2004 à 07h00 , mis à jour le 01 novembre 2004 à 11h16

Loué et soutenu après le 11 septembre, George W. Bush est devenu l'une des figures les plus contestées du monde contemporain. A la veille du scrutin, retour sur le mandat de son administration qui a vu se précipiter l'histoire des Etats-Unis.

AFP © INTERNE

Lorsqu'il s'intalle dans le bureau ovale de la Maison Blanche en janvier 2001, George W. Bush ignore à quel point son mandat présidentiel va marquer le monde. Aux yeux de l'étranger, le jeune gouverneur du Texas apparaît comme un provincial sudiste un rien réactionnaire, peu au fait de géostratégie et d'équilibres internationaux. Candidat du "Grand Ol'Party" républicain, il vient de battre le démocrate Al Gore, l'élu du Tennessee et dauphin du président sortant Bill Clinton, au terme d'un thriller juridico-politique de 36 jours.

Ses premiers gestes tentent d'effacer ce scrutin psychodramatique, qu'il a remporté à la faveur d'un arrêt de la Cour suprême alors qu'il avait rassemblé moins de voix que son rival.

L'administration Bush commence par baisser les impôts et réformer l'éducation. Côté politique étrangère, c'est le désengagement général. Washington prend désormais ses distances avec le Proche-Orient, rejette le protocole de Kyoto, se délie de l'accord sur les armes biologiques. La nouvelle Amérique louvoie sur le dossier de la Cour pénale internationale, se retire du traité d'interdiction des essais nucléaires et du traité des missiles anti-balistiques, un héritage majeur de la diplomatie de la guerre froide. Le président Bush prend des poses populaires et change le ton de la Maison Blanche : lui, il s'occupe des Américains.

"Justice sera faite"

Puis vient le 11 septembre 2001. Spontanément, toute l'Amérique loue le courage et le volontarisme du nouveau président. Les chefs d'Etat du monde entier s'affichent à ses côtés, Jacques Chirac le premier. Devant le Congrès, George W. Bush lâche une formule churchillienne qui fait mouche : "Que nous traduisions nos ennemis en justice ou que nous amenions la justice à nos ennemis, justice sera faite ". En trente minutes de discours, il se verra offrir trente ovations.

La conduite des Etats-Unis change alors du tout au tout. Flanqué de Condoleeza Rice, Donald Rumsfeld et Colin Powell, le président mène la guerre. La vieille doctrine du containment — contenir ses ennemis — est jetée aux orties. "Nous devons nous occuper des menaces avant qu'elles ne blessent le peuple américain une nouvelle fois", explique un président métamorphosé.

Le sanctuaire afghan d'Oussama ben Laden est rapidement mis à bas. L'Iran, la Corée du nord et la Syrie sont tenus à distance après avoir été désignés, avec l'Irak, comme "l'axe du mal" par un George W. Bush lancé dans une "guerre préventive" tentaculaire. En attendant des jours meilleurs, l'unique politique américaine au Proche-Orient est simpliste : soutien sans faille au gouvernement d'Ariel Sharon, aux prises avec le terrorisme arabe. En mars 2003, avec le seul soutien du peuple et des médias, les troupes américaines emmènent une coalition composite à l'assaut de l'Irak et renversent Saddam Hussein, sous de multiples prétextes. Deux mois plus tard, George W. Bush sonne la fin des combats.

Mais un an plus tard, des soldats américains continuent de mourir au feu, le budget de la défense est faramineux, le coût financier et politique de la reconstruction du pays est colossal. Et CBS diffuse en prime-time les photo-souvenirs pathétiques de jeunes recrues américaines muées soudain en tortionnaires ignares, dans la prison d'Abou Ghraïb.

En crise ou en essor

L'Amérique compassionelle de Bill Clinton a vécu. A l'étranger, George W. Bush a donné de son pays l'image d'un empire mariant les libertés civiles et le véhicule blindé. Sur tous les sujets de société, du bureau ovale parviennent des mots d'ordre ultraconservateurs. A la Maison Blanche, on prie pour la conversion des homosexuels, contre l'avortement, pour le repentir dans l'au-delà des condamnés à mort. Mais dans l'opinion américaine, cette contrition évangéliste est alliée à une vitalité d'expression qui fait pâlir d'envie tous les petits pays qui rêvent pourtant de voir tomber le Goliath libéral. On ne sait dire si les Etats-Unis sont en crise ou en plein essor. A la Maison Blanche prévaut un leitmotiv : vouloir, c'est pouvoir, y compris se faire réélire.

Photo : Le président George W. Bush et sa conseillère à la sécurité nationale
Condoleeza Rice dans le bureau ovale, en avril 2001 (AFP)

Par Léonard VINCENT le 01 novembre 2004 à 07:00
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