"Tout ça, on aurait pu l'éviter"

Par AFP, le 03 août 2004 à 14h10 , mis à jour le 03 août 2004 à 21h40

Bruno Zuchero, grièvement brûlé dans l'explosion de Ghislenghien en Belgique, estime que les mesures de sécurité n'ont pas été prises, une fois la fuite de gaz découverte. Le Français a décidé de porter plainte.

Zucchero Roberto Ghislenghien Explosion Belgique (LCI) © LCI

"On va travailler pour gagner sa tartine et on ne revient plus" : sur son lit d'hôpital à Valenciennes (Nord), Bruno Zucchero, grièvement brûlé dans l'explosion de Ghislenghien et dont le beau-fils a perdu la vie dans la catastrophe, est en colère. Ce Français de 49 ans travaillait sur le toit de l'usine en construction Diamant Boart lorsqu'une canalisation de gaz à haute pression a explosé provoquant la mort de 18 personnes, selon le nouveau bilan, vendredi matin sur une zone industrielle dans le sud de la Belgique.

"C'était le dernier jour, je finissais des travaux de tuyauterie", explique-t-il depuis son lit d'hôpital. "Je suis descendu du toit vers 8h55 manger une tartine avec mon beau-garçon (le fils de sa femme âgé de 31 ans). Il m'a dit: 'de toute façon, on peut plus travailler, il y a une fuite de gaz'", raconte-t-il. "Dix, quinze secondes plus tard: boum! et puis l'horreur, l'horreur".

"Le feu ricanait"

"Je me suis précipité dans une flaque de boue très liquide, c'est ce qui m'a sauvé. J'ai attendu, attendu, je voyais les flammes qui s'avançaient", se remémore cet ouvrier d'une société de maintenance, TNBV, basée à Valenciennes. Pendant de longues minutes, un geyser de flammes de plusieurs dizaines de mètres, alimenté par le gaz toujours ouvert, a incendié plusieurs bâtiments du site et les champs alentour.

"Le feu, on aurait dit qu'il ricanait : il renvoyait de temps en temps des flammes vers moi". Bruno Zucchero a finalement pu s'enfuir en courant avant d'être emmené en ambulance au poste médical avancé installé à Ath. "C'est là que j'ai vu que j'étais un rescapé, à côté des centaines d'autres complètement noircis", déclare-t-il. D'un coup, la voix blanchit: "Mon beau-garçon est mort". "Il était tout content de travailler avec moi", dit-il, étouffant un sanglot.

"Une histoire de pognon"

Roberto Zucchero a lui été blessé dans le dos: "mais je m'en fous, le pire c'est dans la tête". Car depuis l'explosion, l'ouvrier ne décolère pas et met en cause les mesures de sécurité. Il a même annoncé mardi son intention de porter l'affaire en justice pour "savoir ce qui s'est passé". "Je ne lâcherai pas le bout: qu'on nous dise pourquoi on nous a pas évacués. C'était si simple, si simple", a déclaré-t-il déclaré. "A 08h15, on décèle la fuite, à 08h30 on la confirme. Pourquoi on nous laisse là?"

"Tout ça, on aurait pu l'éviter", avance-t-il. "Ils avaient été prévenus à 8h30". Lui, sur le toit, ne savait rien. "On était à peu près 150 sur le site. Aucun n'a été évacué". Il affirme que 44 Français travaillaient sur le site. "Sur le chantier, tout le monde se connaît", justifie-t-il. "C'est toujours pareil dans les catastrophes. Ils construisent des pipelines près des usines... toujours une histoire de pognon et nous, on travaille pour gagner sa tartine et on revient plus", peste-t-il.

(Image LCI : Bruno Zucchero)

Par AFP le 03 août 2004 à 14:10
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