
L’heure est à la décrispation entre l'Union européenne et la Turquie. Oubliés, les grincements de dents nés du texte sur la criminalisation de l’adultère inscrit dans le projet de réforme du Code Pénal turc – projet reporté in extremis à deux semaines du verdict attendu de la Commission européenne sur la candidature d'Ankara. Arrivé mercredi soir à Bruxelles, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan s’emploie depuis jeudi matin à renouer le dialogue. Il a rencontré en cours de matinée le commissaire à l'Elargissement Guenter Verheugen, chaud partisan des aspirations de la Turquie à rejoindre l’UE, mais qui n'avait pas caché ces derniers jours son dépit devant l'ajournement d'une pièce capitale des réformes démocratiques attendues du pays, et considérées côté européen comme une condition sine qua non à l'ouverture de négociations d'adhésion.
Après cet entretien de "clarification", au cours duquel le Premier ministre turc s'est engagé à ce que le prochain Code Pénal turc ne criminalise pas l'adultère, Guenter Verheugen a affirmé qu'il n'y avait "plus d'obstacles sur la table" de négociation avec la Turquie. "Nous avons été capable de trouver des solutions aux problèmes qui restaient en suspens", a indiqué le commissaire européen lors d'une conférence de presse commune avec Recep Tayyip Erdogan. Quant à la question de la torture, Verheugen s'est félicité que les experts dépêchés sur place avaient conclu qu'il n'était pas "justifié d'accuser la Turquie de mener des actes de torture de façon systématique". La réforme du Code Pénal et les indispensables réformes démocratiques vont donc pouvoir se poursuivre : peu après cette conférence de presse, le ministre turc des Affaires religieuses, également présent à Bruxelles, annonçait à l’agence officielle Anatolie que le Parlement turc se réunira dimanche en session extraordinaire pour reprendre les discussions.
Doutes en France et à l’UMP
Mais les oppositions à une candidature de la Turquie restent vives au sein de l’UE. C’est particulièrement le cas en France, où la question d'une éventuelle adhésion de la Turquie agite beaucoup la classe politique. Parmi les partisans du non à la Constitution, certains ont déjà fait savoir qu'ils mettraient en avant, à l'occasion de la campagne, leur opposition résolue à la candidature d'Ankara. Et si Jacques Chirac soutient l'entrée de la Turquie dans le giron européen, son propre parti, l'UMP, y est résolument opposé.
Jacques Toubon, député européen UMP, a ainsi fait savoir jeudi depuis Bruxelles que les eurodéputés français de son groupe sont "convaincus de pouvoir rallier" une majorité au sein du PPE (parti populaire européen, qui regroupe les partis de droite européens) et au sein du Parlement européen, à leur opposition à la candidature turque. Pour lui, si le Parlement européen se prononce contre l'ouverture de négociations d'adhésion avec la Turquie, les dirigeants européens seront obligés de prendre cet avis en compte. Le groupe PPE, qui avec 238 députés est le groupe le plus important au Parlement (732 députés), organise jeudi et vendredi deux journées d'études sur la question de la Turquie à Bruxelles.
Pour sa part, Jean-Pierre Raffarin a fait part de ses réticences dans un entretien publié jeudi par le Wall Street Journal. S’il "ne doute pas" de la "bonne foi" du gouvernement turc sur ses engagements vis-à-vis de l'Union européenne, il dit s'interroger sur sa capacité à "faire adhérer la société turque aux valeurs européennes des droits de l'Homme". Tout en indiquant prudemment qu’il "ne pense pas qu'il faille dire à la Turquie que les portes de l'Europe lui sont fermées pour toujours".
Photo d’ouverture : Recep Tayyip Erdogan, à gauche ; et Guenter Verheugen, à droite - DR
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