© INTERNETrois ans presque jour pour jour après le début de la campagne américaine contre le régime des talibans, l'Afghanistan se prépare à vivre ce samedi le premier scrutin présidentiel direct de son histoire, depuis son indépendance en 1919. A travers tout le pays, quelque 10,5 millions d'Afghans sont appelés à voter (un chiffre qui laisse déjà craindre à certains des enregistrements multiples d’électeurs, prémices d’une possible fraude massive), auxquels il faut ajouter les réfugiés d'Iran et du Pakistan, représentant plus d'un million d'électeurs potentiels. Si au total, 18 candidats (dont de nombreux chefs de guerre, comme l’Ouzbek Abdul Rashid Dostam) se présentent à ce premier tour, deux noms se détachent largement : le président sortant Hamid Karzaï, et Yunus Qanooni, son principal rival, qui est aussi son ancien ministre de l'Education.
Hamid Karzaï apparaît comme le grand favori, même si sa campagne bridée par l'insécurité et sa modération vis-à-vis des chefs de guerre l’ont affaibli. Atout de taille dans un pays où l'appartenance ethnique est incontournable : Pachtoune du clan des Popalzai, Karzaï appartient à l'ethnie majoritaire (40% des quelque 25 millions d'Afghans). Parlant le pachtou, le dari (la langue des Tadjiks), l'ourdou et l'anglais, il a aussi sur son ticket, un frère du héros de l'Alliance du nord Ahmad Shah Massoud, Ahmad Zia Massoud, candidat à la vice-présidence qui espère drainer des voix tadjikes.
Le soutien américain, arme à double tranchant
Mais son bilan à la présidence afghane est mitigé : l'Afghanistan reste aujourd'hui divisé, miséreux, manquant de routes, d'eau et d'électricité, analphabète, gangréné par l’insécurité et vivant en partie de l'opium. Le chef de l'exécutif est si faible que ses détracteurs l'ont surnommé le "maire de Kaboul". Dans un pays encore très fragmenté, Karzaï a une quasi-obligation de remporter le scrutin dès le premier tour pour être respecté de tous et pouvoir enfin avoir les coudées franches vis-à-vis des chefs de guerre.
Face à lui, le Tadjik Yunus Qanooni, ancien porte-parole du héros national Ahmad Shah Massoud, s'est rapidement imposé comme le candidat à la présidentielle le plus dangereux pour Hamid Karzaï, menant une campagne intensive. Il apparaît avant tout comme le candidat de l'Alliance du Nord, coalition majoritairement tadjike et héritière de Massoud. Doté d'une solide formation en théologie, il pourrait rallier les tenants d'une société fondée sur l'islam politique. Yunus Qanooni, à la différence du président sortant, n'a pas derrière lui le soutien parfois trop visible des Etats-Unis, qui agace certains Afghans. Il pourrait aussi payer sa proximité avec les seigneurs de la guerre, dont la population épuisée par 25 années de conflits ne veut plus.
Des craintes de fraudes massives |
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