© Commission européenneRocco Buttiglione fait amende honorable. L'Italien, dont la future nomination à la Commission européenne a provoqué un tollé suite à des propos sur l'homosexualité et les femmes (1), a indiqué jeudi qu'il se déchargerait des dossiers posant un conflit entre sa conscience et son portefeuille à la Justice et aux Affaires intérieures. Cette main tendue facilitera-t-elle la tâche du président de la future Commission, José Manuel Durao Barroso, qui doit convaincre les parlementaires européens de lui accorder leur confiance lors du vote d'investiture le 27 octobre ? Rien n'est moins certain.
A droite, le chef du Parti populaire européen, Hans-Gert Poettering, s'est montré confiant dans le soutien de son groupe à la future Commission. "Je compte sur les libéraux, je compte sur l'UEN (Union de l'Europe des nations, souverainistes), je compte sur d'autres personnes aussi", a-t-il poursuivi. Pourtant, les libéraux ne paraissent pas prêts à accueillir Buttiglione à Bruxelles. Le chef des eurodéputés libéraux, Graham Watson, a appelé jeudi l'Italien à demander à être changé de portefeuille ou à renoncer à son poste de commissaire.
"Très faible majorité"
Barroso a écarté l'idée d'un remaniement au sein de son équipe. Il a toutefois proposé de reprendre à son compte les attributions relatives à la lutte contre les discriminations et le harcèlement sexuel, qui figurent dans le portefeuille de Buttiglione. Cela ne devrait pas suffire à calmer les esprits à gauche.
Jeudi, le chef de file des eurodéputés socialistes, Martin Schulz, a indiqué que son groupe continuait de réclamer le retrait pur et simple du portefeuille de la Justice et des affaires intérieures au candidat Italien. Avec 200 sièges, les socialistes sont la deuxième force de l'Assemblée. Daniel Cohn-Bendit, co-président des eurodéputés Verts, a prédit jeudi que le nouvel exécutif n'aurait "qu'une très faible majorité ou pas de majorité du tout". "La gauche votera contre, les libéraux sont divisés", a-t-il assuré.
Crise institutionnelle
Ces déclarations n'ont pas entamé l'optimisme du successeur de Romano Prodi à la tête de la Commission. "Je suis très confiant dans le fait que nous obtiendrons le soutien d'une claire majorité du Parlement européen", a-t-il déclaré après la réunion avec les chefs des groupes du Parlement.
Barroso a réaffirmé que "la nouvelle Commission sera absolument opposée à toute forme de discrimination fondée sur l'orientation sexuelle, le sexe ou les convictions religieuses". Le Portugais a appelé les eurodéputés à éviter de déclencher une crise institutionnelle et à se concentrer sur les défis posés à l'Union. Il prend un risque : si les élus continuent de bloquer sur le nom de Buttiglione, c'est toute l'équipe de Barroso qui serait récusée.
(1)
Catholique conservateur proche du pape Jean-Paul II, Rocco Buttiglione avait qualifié l'homosexualité de "péché" et déclaré que la famille existait "pour permettre à la femme d'avoir des enfants et d'être protégée par son mari".(Image Commission européenne : José Manuel Durao Barroso)
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