Chirac soigne la Chine

Par Pauline POLGAR, le 08 octobre 2004 à 16h47 , mis à jour le 09 octobre 2004 à 16h20

A l'orée d'une visite de quatre jours en Chine avec une cinquantaine de patrons français, le chef de l'Etat s'est prononcé pour une levée de l'embargo sur les armes dès 2005.

jintao chirac elysee © INTERNE

Premier représentant de commerce de la République, Jacques Chirac repart à la conquête du marché chinois : il est en arrivé vendredi soir à Chengdu, avant de gagner Pékin samedi. Un voyage au cours duquel il ne devrait évoquer qu'en filigrane les questions politiques. Samedi matin, le chef d'Etat français a ainsi prononcé un discours à Chendgu dans lequel il appelé les entreprises françaises à conquérir l'immense marché chinois. Et dimanche, il inaugurera l'Année de la France en Chine.

Pour cette visite officielle de quatre jours, la troisième depuis le début de son mandat, le président a emmené dans sa valise une cinquantaine de patrons, représentants les grands groupes français et les petites et moyennes entreprises. L'occasion pour la France de retrouver un commerce dynamique avec un pays dont la croissance ne faiblit pas — elle devrait atteindre 9% l'an prochain — et où les contrats peuvent se révéler très juteux. La Chine est en effet pour l'instant la principale source de déficit commercial pour la France, la part de marché des entreprises françaises ayant reculé de 1,5% à 1,2%. Tout reste donc à faire.

Un TGV Pékin/Shanghaï

Energie, aéronautique, transports : les dossiers ne manquent pas. Les contrats porteraient sur des constructions de réacteurs nucléaires, la vente d'Airbus ou encore la promotion du projet français de TGV reliant Pékin à Shanghaï. Jacques Chirac a insisté sur la volonté commune des deux pays de "donner corps à une relation exceptionnelle dans les domaines économiques, industriels et politiques." Il tient aussi à conforter "le partenariat stratégique global", signé avec le président Hu Jintao lors de sa visite à Paris en janvier.

Cette année marque également le lancement de l' "Année de la France en Chine", qui débute le 9 octobre en présence du président de la République. Une série de manifestations culturelles devraient avoir lieu à partir de cette date, pour promouvoir l'amitié franco-chinoise et surtout conquérir le cœur des chinois par le biais culturel.

Fin de l'embargo début 2005

Enfin, le président français a pris position au cours de la semaine écoulée pour une levée de l'embargo qui empêche la Chine d'importer des armes létales, entré en vigueur après le massacre de Tiananmen. Ironie de l'histoire, c'est précisément sur la place Tiananmen que le chef de l'Etat a été accueilli à son arrivée à Pékin... "La France est favorable à la levée de l'embargo, a déclaré le chef de l'Etat français, la grande majorité de pays européens sont dans cette ligne et s'orientent vers cette solution qui pourrait être adoptée, je l'espère, au début de l'année prochaine." Fixant là un "objectif", Jacques Chirac veut s'attirer les faveurs du gouvernement chinois. Une position qu'il ne devrait pas manquer de réaffirmer dans les prochains jours de ce voyage en Chine... Quant à la question des droits de l'homme, le président n'élude pas le dossier. Il va les évoquer "discrètement" mais "publiquement", a affirmé son entourage.

RSF interpelle Chirac sur le sort de Huang Qi

Reporters Sans Frontières a interpellé Jacques Chirac sur le sort du cyberdissident Huang Qi, emprisonné pour "subversion" à Chengdu. Rappelant que cette visite "est placée sous le signe des relations économiques", l'organisation de défense de la liberté de la presse demande au chef de l’Etat de ne "pas pour autant oublier le sort de ce jeune entrepreneur, emprisonné dans des conditions très difficiles pour avoir créé un site internet populaire qui gênait les autorités". Arrêté le 3 juin 2000, Huang Qi purge une peine de cinq ans de prison ferme pour avoir publié sur son site des articles de dissidents basés à l'étranger sur le massacre de Tiananmen. En octobre 2003, son épouse Zeng Li avait déclaré au journaliste Patrick Poivre d'Arvor, venu l'interviewer à Chengdu, que Huang avait été battu en prison et qu'une fois, il était tombé dans le coma pendant quelques jours après avoir été roué de coups.

(Photo : Jacques Chirac et Hu Jintao, à l'Elysée en janvier 2004. Archives)

Par Pauline POLGAR le 08 octobre 2004 à 16:47
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