
Sur la sellette depuis l'échec de sa médiation parallèle pour obtenir la libération des otages français en Irak, Didier Julia contre-attaque. Lundi matin, contacté par Europe 1 à Damas, le député UMP a mis au défi le gouvernement de comparer les résultats respectifs des démarches entreprises par la diplomatie française et des siennes. "Je suis prêt à mettre sur la table devant tous mes collègues de la commission des Affaires étrangères tous les éléments d'information que j'ai, de les comparer avec ceux de Michel Barnier et nous verrons celui qui est allé le plus loin", a-t-il dit.
Une chose est certaine : ni les uns, ni les autres n'ont ramené à Paris les deux journalistes, Christian Chesnot et Georges Malbrunot, enlevés le 20 août. "Mes contacts sont coupés", a reconnu l'élu de Seine-et-Marne qui a précisé que son collaborateur, Philippe Brett, était lui aussi toujours en Syrie. Selon le député, Brett se serait bel et bien trouvé à "25 mètres des deux otages", à la frontière entre l'Irak et la Syrie, vendredi, au moment où il a été contacté par Europe 1. "S'ils sont libérés, il y aura des images qui le confirmeront", a promis l'élu qui a par ailleurs indiqué que "les services syriens ne (les) aidaient pas spécialement".
"Des suites, il y en aura"
Homme controversé aux liens étroits avec l'Irak de Saddam Hussein et la Syrie, le député français a multiplié à Damas les déclarations contradictoires sur son opération et s'est attiré les foudres de toute la classe politique en France. Samedi, après un silence de plusieurs jours, l'Elysée a ouvert le bal des critiques. Le président Jacques Chirac s'est déclaré "inquiet" de cette initiative et a espéré qu'elle n'aurait pas de conséquences négatives, selon son entourage. Le Premier ministre a estimé dimanche que "toute initiative privée" est "susceptible de faire naître une menace" pour les deux journalistes.
Le ministre de la Justice a quant à lui insisté sur le fait que la démarche du député "était totalement personnelle". "Il avait été découragé, on lui avait conseillé de ne pas faire, il a fait quand même", a indiqué Dominique Perben dimanche soir sur Europe 1. "Des suites, il y en aura, et les décisions seront à la hauteur de la gravité des comportements", a promis lundi matin Bernard Accoyer sur RTL. Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale a précisé que son groupe avait été mis "devant le fait accompli" et "n'avait jamais été informé de ces initiatives".
"Contacts bidons"
"Je ne vois pas en quoi notre recherche de quatre jours a pu porter atteinte à la sécurité des otages", a répondu Didier Julia lundi matin sur Europe 1. "Je comprends que [les autorités françaises] soient furieuses de leur propre échec", a-t-il commenté, en qualifiant de "bidons" les contacts indirects et secrets de la diplomatie française.
A gauche, on ne se contente pas de fustiger "l'action nuisible" de Julia. C'est au gouvernement et à l'UMP que l'on demande des comptes. Invitée du "Grand jury RTL - Le Monde - LCI", Ségolène Royal a demandé "une réaction plus ferme" de l'UMP et du groupe UMP à l'Assemblée, et "peut-être aussi des sanctions". "C'est une question de dignité pour la France" et la "diplomatie française est humiliée", a estimé Ségolène Royal qui appelle "solennellement" le Premier ministre à "continuer à consulter et à informer l'opposition". Lundi les familles de Christian Chesnot et Georges Malbrunot ont appelé "à la responsabilité et à la discrétion de chacun" pour faire libérer les deux journalistes français.
L'avion de Gbagbo |
"Il me fallait un avion rapide. Il me l'a donné tout de suite", a expliqué Didier Julia au micro d'Europe 1. "Il", c'est Laurent Gbagbo. Le président ivoirien, dont les relations avec Paris ne sont pas au beau fixe, a donc prêté son avion privé le "samedi 4 septembre". Ce week-end déjà plusieurs médias évoquaient un coup de pouce du chef d'Etat en disgrâce. Selon Le Télégramme, Philippe Brett avait été envoyé en Irak par un marchand d'armes "récemment fournisseur des armées de Côte d'Ivoire en matériel moderne". Toujours selon Le Télégramme, "cet homme est arrivé dans la capitale jordanienne, Amman, dans l'avion de Laurent Gbagbo".
(Image LCI : Didier Julia)
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