UE : le "oui conditionnel" à la Turquie

Par Cynthia Migueres, le 06 octobre 2004 à 13h12 , mis à jour le 07 octobre 2004 à 11h23

La Commission européenne recommande l'ouverture de négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne. Mais elle soumet ces négociations au respect des droits de l’homme.

Prodi Romano Président de la Commission européenne négociation Turquie © LCI

Le président de la Commission européenne Romano Prodi a annoncé officiellement mercredi un "oui conditionnel" à l'ouverture de négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE. Cependant cette ouverture de négociation ne signifie en aucun cas une garantie d’adhésion. C’est ce qu’a tenu à préciser le commissaire à l'Agriculture Franz Fischler, cela reste "un processus ouvert", sans obligation de résultat.

Si la commission fait état de "progrès substantiels" de la Turquie ces dernières années, elle conditionne la finalisation des pourparlers à la poursuite des réformes. Les négociations pourraient ainsi être suspendues en cas de violations graves et persistantes. La Commission prône une politique de " tolérance zéro " notamment vis-à-vis de la torture, des droits de femmes et des minorités ainsi que les libertés d'expression et de religion. Romano Prodi a ajouté qu'une Union européenne forte "n'a rien à craindre d'une intégration de la Turquie."

Injustice pour Recep Erdogan

Le Premier ministre turc Recep Erdogan estime que le référendum français sur l'adhésion de la Turquie est une "approche très injuste". Il réclame que les "mêmes critères et mêmes méthodes" soient appliqués dans le processus d'adhésion que ceux appliqués aux récents pays entrants dans l'Union et souhaite également que les négociations ne durent pas trop longtemps

Pour l’instant aucune date butoir n’est évoquée, les négociations ne pourraient s’achever cependant avant la fin des prochaines perspectives financières pluri-annuelles, en 2014.Jacques Chirac a de son côté précisé que les négociations pourraient s'étendre "au minimum dix ou quinze ans".

Enfin l'adhésion de la Roumanie et la Bulgarie dans l'UE reste prévue au 1er janvier 2007, selon le rapport adopté par la Commission européenne mercredi et l'ouverture des négociations avec la Croatie est recommandée pour début 2005

Bayrou et Fabius réclament un débat

La décision de la Commission européenne de recommander l'ouverture de négociations d'adhésion avec la Turquie a suscité mercredi des réactions inquiètes dans la classe politique. "On n'a jamais vu des négociations s'ouvrir sans qu'elles aboutissent à un oui", a ainsi fait remarquer Laurent Fabius,numéro deux du Parti socialiste. "Ce qui veut dire que lorsqu'on nous dit aujourd'hui 'mais ne vous en faites pas, c'est simplement l'ouverture des négociations, on verra dans dix ans, on verra dans quinze ans', c'est un leurre". Le président de l'UDF, François Bayrou, lui a fait écho, affirmant qu' "ouvrir des négociations", c'est "déjà accepter l'adhésion". Laurent Fabius et François Bayrou réclament que la question de l'entrée de la Turquie dans l'UE fasse l'objet d'un débat avec vote à l'Assemblée avant le sommet européen du 17 décembre prochain qui doit entériner la décision de la Commission.

Photo : Romano Prodi, président de la Commission européenne

Par Cynthia Migueres le 06 octobre 2004 à 13:12
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