© AFP / JEAN-LOUP GAUTREAUtf1.fr : Que retiendra-t-on de Yasser Arafat ?
Mouloud Aounit, secrétaire général du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié des peuples (MRAP) : Dans la conscience du peuple palestinien, il restera comme l’incarnation du droit à exister, comme l’incarnation d’un combat de plus de quarante ans. Avec cette tragédie : son espoir d’un Etat palestinien, il n’aura pas pu l’assouvir. Pour tout cela, il restera une icône. Dans une partie de l’opinion française, auprès de nombreux jeunes des banlieues, il apparaît aujourd’hui comme une sorte de Che Guevara. Il s’est battu pour son peuple, il a souffert avec lui. Et malgré les conditions dans lesquelles il a vécu à la Mouqataa (on retiendra l’image de Yasser Arafat privé d’électricité, écrivant à la lueur d’une bougie), il n’a jamais perdu sa dignité.
tf1.fr : Comment réagira le monde arabe au vide qu’il laisse ?
Il est bien sûr irremplaçable : personne après lui ne peut prétendre avoir sa carrure, son charisme. Il est, avec Nasser, la figure du monde arabe la plus symbolique de ce siècle. Mais il faut reconnaître que ce monde arabe ne l’a pas beaucoup aidé. J’ai cependant bon espoir que ce vide sera en partie comblé par le fonctionnement des structures démocratiques palestiniennes.
tf1.fr : La question qui se pose à ces structures, c’est celle de la succession. Quel visage va présenter la Palestine sans la figure tutélaire d’Arafat ?
Yasser Arafat apparaissait comme le seul à pouvoir "tenir" son peuple et éviter des explosions qui auraient pu s’avérer catastrophiques pour toute la région. Mais je suis encouragé par l’attitude des diverses composantes de la population palestinienne, et par la volonté qu’elles manifestent de se mettre autour d’une même table. Les institutions démocratiques qu’Arafat a su mettre en place et qu’il laisse derrière lui fonctionnent, elles ont une légitimité populaire, et elles pourront éviter le pire. Il y a en face une stratégie de la provocation : alors qu’Arafat n’est pas encore enterré, le ministre israélien de la Justice se réjouit ouvertement de sa disparition ! Et pourtant, malgré ce dérapage, côté palestinien, la rue n’a pas réagi. Ce qui montre que les institutions sont bien présentes. Voilà pourquoi je ne suis pas pessimiste sur la suite du processus démocratique en Palestine.
tf1.fr : Une vingtaine d’Etats ou d’organisations internationales seront représentés aux funérailles de Yasser Arafat au Caire. Mais parmi ces représentants, peu de chefs d’Etat, notamment arabes…
C’est un constat amer. Quelles qu’en soient les raisons, il montre une réalité incontournable : c’est que l’unité du monde arabe n’existe pas. Mais je pourrais en dire autant pour l’Europe. La France fait figure d’exception : elle a eu le courage d’accueillir Yasser Arafat, d’organiser une cérémonie digne d’un chef d’Etat en son honneur à Villacoublay, où la Garde Républicaine a joué l’hymne palestinien. Mais en-dehors de la France, qu’a fait l’Europe ?
Photo d’ouverture : Mouloud Aounit - DR
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