© AFP/GEERT VANDEN WIJNGAERTDimanche, le Vlaams Blok renaît de ses cendres encore fumantes. Le nom a changé et devient Vlaams Belang (Intérêt flamand), les statuts aussi. Condamné pour racisme par la justice belge et menacé de perdre ses subventions étatiques, le parti nationaliste flamand a pris le soin de modifier sa charte fondatrice pour éviter les procès. Désormais, il ne propose plus de renvoyer vers leurs pays de "larges groupes d'immigrés non-européens" mais uniquement ceux qui "rejettent, nient ou combattent notre culture".
Paradoxalement, la fin du Vlaams Blok pourrait permettre à ses dirigeants d'accéder à des mandats à l'écart desquels ils ont toujours été tenus en raison d'un "cordon sanitaire" dressé par les autres partis. Primo, cette condamnation renforce l'idée de persécution, chère à une partie de ses électeurs. Ensuite, à l'instar des néo-fascistes italiens du MSI de Fini qui, en rompant avec leurs références mussoliniennes, se sont hissés au pouvoir aux côtés de Silvio Berlusconi, les "blokkers" espèrent sortir de quarantaine. Sans trop se dénaturer, si l'on en croit un idéologue du parti selon qui le programme restera "suffisamment sale pour attirer le peuple".
Une exception européenne
Le parti démocrate-chrétien (CD&V) et le parti libéral (VLD) flamands pourraient être tentés de former une vaste coalition avec un parti populiste et, surtout, populaire paré d'atours fréquentables. Aux dernières régionales en juin, le Blok a séduit près d'un électeur flamand sur quatre. Il est le seul parti d'Europe à n'avoir cessé de progresser ces vingt dernières années. Le cordon sanitaire pourrait tomber dès les prochaines municipales en 2006. On verrait alors probablement un Filip Dewinter, ex-figure du Vlaams Blok, s'asseoir dans le fauteuil de bourgmestre à Anvers, la deuxième ville du royaume où le Blok représente un tiers des voix.
Un telle alliance dans la partie flamande, au nord du pays, ne pourrait trouver son pendant du côté francophone, en Wallonie, ni même dans la région bilingue de Bruxelles. Un quotidien populaire francophone, la Dernière heure, prédisait déjà "l'éclatement du pays, soit précisément ce que le Blok recherche". Car sur ce point, Vlaams Blok et Vlaams Belang gardent le même mort d'ordre, comme le précisait récemment Frank Vanhecke, ex et futur président des nationalistes : "Nous établirons un nouveau parti et celui-ci, la Belgique ne sera pas capable de l'enterrer. C'est lui qui enterrera la Belgique".
Condoléances du FN |
Toujours prompt à secourir ses amis étrangers, le Front national a assuré mardi les dirigeants et les parlementaires du Vlaams Blok de son "soutien fraternel". Dans un communiqué, le parti français d'extrême-droite a aussi exprimé son "mépris envers les institutions décadentes qui déshonorent jusqu'à l'idée même de justice". "Si le Parlement européen, qui n'a à la bouche que les droits de l'Homme, ne condamnait pas cette voie de fait judiciaire, il serait définitivement disqualifié pour donner au monde entier les leçons de morale qu'il prodigue habituellement", ajoute, sentencieux, le FN. Puis, dénonçant la "persécution judiciaire" du Vlaams Blok, le parti conclut en traitant la Belgique de "République bananière". Venant du FN, on ne sait trop, des deux qualificatifs, celui qui blessera le plus les Belges qui, rappelons-le, vivent dans une monarchie constitutionnelle… (D.S.)
(Photo AFP/G. VANDEN WIJNGAERT/ Archives : un rassemblement du Vlaams Blok en 1999)
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