La fin de la chasse à courre rattrape Blair

Par , le 19 novembre 2004 à 11h25 , mis à jour le 22 novembre 2004 à 18h55

Après une longue bataille parlementaire, la chasse à courre a été définitivement abolie outre-Manche jeudi soir. La mesure, qui prendra effet en février, pourrait compliquer la tâche du Premier ministre aux législatives du printemps.

manif chasse courre

Même Jacques Chirac fut convié à donner son avis. En pleine conférence de presse commune avec Tony Blair sur la situation internationale, le chef de l'Etat fut interrogé jeudi par un journaliste anglais sur la bataille qui se déroulait au même moment au Parlement sur l'interdiction de la chasse à courre. Evidemment, il s'en tira avec une pirouette en soulignant qu'il n'avait "pas de jugement à porter sur les grandes traditions britanniques".

 

A ses côtés, Tony Blair esquissa un sourire de circonstances. A quelques mois des élections, déjà très critiqué par sa propre majorité sur l'Irak, le Premier ministre britannique voit débouler ce dossier sur la scène politique avec la plus grande inquiétude. L'interdiction de la chasse à courre dépasse en effet les frontières politiques traditionnelles.

 

Pour limiter les dégâts, le locataire du 10 Downing Street avait essayé de faire reporter l'entrée en vigueur de la loi en 2006, voire 2007. En vain. Ce sont même ses propres troupes qui lui ont infligé le camouflet. Après avoir nettement repoussé la proposition, la Chambre des Communes, considérant la chasse à courre comme cruelle et élitiste, a dégainé l'"arme nucléaire" de la Constitution : le "Parliament act". En cas de blocage, cet artifice procédural permet aux députés d'imposer leur choix à la Chambre des Lords, unanimement favorable au maintien de cette tradition vieille de 700 ans. Résultat : abolie en Ecosse depuis 2002, la chasse à courre pour traquer le renard, le lièvre et le cerf, sera interdite en Angleterre et au Pays-de-Galles dès le 18 février prochain.

 

8 000 emplois directs

 

Si la bataille parlementaire aura finalement duré sept ans, la bataille judiciaire –les partisans entendent contester le recours au "Parliament act"-, et surtout la bataille politique et d'opinion ne font que commencer. Vendredi matin, tous les journaux britanniques, aussi bien la presse populaire que la presse dite de "qualité", reviennent sur l'affaire. Certains lui consacrent même des dossiers spéciaux sur leur site internet. Il est vrai que selon plusieurs études, 8 000 emplois dépendraient directement de la chasse à courre et 15 000 de manière indirecte, surtout dans le secteur hôtelier.

 

Outre cet argument économique, cette interdiction est vécue comme une véritable trahison, notamment dans les campagnes et chez les chasseurs. Pour bien comprendre l'importance du dossier pour les législatives du printemps, la Countryside Alliance, pourtant dirigée par une membre du Labour, promet de lancer des actions de désobéissance civile. Une manifestation regroupant 1 000 personnes a déjà eu lieu jeudi soir devant le palais de Windsor, où la reine Elizabeth recevait Jacques Chirac. Au Parti conservateur, qui voit bien sûr son intérêt politique, le responsable des Affaires rurales va même jusqu'à citer Shakespeare… 

 

(photo : la manifestation devant le palais de Windsor)

Par Fabrice Aubert le 19 novembre 2004 à 11:25
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