© AFPLe colonel Philippe Mangou est très populaire au sein de l'armée ivoirienne, les Forces armées de Côte d'Ivoire (Fanci). Il est l'homme de l'offensive contre les rebelles, celui censé reprendre le nord du pays perdu par les soldats loyalistes depuis septembre 2002. Il était aussi le commandant des Fanci le 6 novembre dernier quand un raid aérien ivoirien a fait neuf tués et 38 blessés parmi les forces françaises à Bouaké.
Samedi soir, c'est cet homme qui a été promu chef d'état-major par le président ivoirien en remplacement du général Mathias Doué, appelé à "d'autres fonctions". Une fois encore, Laurent Gbagbo brouille le message : il limoge le plus haut responsable de son armée mais le remplace par un dur, le symbole de la lutte contre la rébellion. Le jour même, le chef d'Etat ivoirien mettait en doute dans les colonnes du Washington Post, le décès de neuf militaires français. "Je n'ai pas vu de cadavres. Je n'ai rien vu", déclarait-il.
"Désinformation permanente"
Paris, accoutumé aux volte-face de Gbagbo, semble pour l'heure jouer la carte de l'apaisement. Samedi, le ministre français des Affaires étrangères a déclaré sur Europe 1 que "la Côte d'Ivoire est et restera un pays ami". Michel Barnier s'est bien gardé d'accuser le pouvoir en place d'avoir donné l'ordre du raid aérien contre les Français. La ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a déclaré qu'une enquête allait être menée sur cette question. Dimanche, sur France Inter, Gbagbo a promis lui aussi une enquête, assurant au passage que les aéronefs détruits par la France seraient remplacés.
Samedi soir, la France restait déterminée à rester en Côte d'Ivoire. "Les choses vont de mieux en mieux d'heure en heure", assurait le commandant de l'Opération Licorne, le général Henri Poncet, dénonçant néanmoins les médias proches du pouvoir ivoirien qui "continuent une désinformation permanente" et s'adonnent à "la manipulation de foule". Mais les évacuations de ressortissants étrangers, des Français pour la plupart, se poursuivaient. Au total, près de 2600 Occidentaux ont déjà été évacués depuis la réouverture jeudi de l'aéroport d'Abidjan. 1500 autres se sont inscrits pour le départ.
"Ce serait le chaos éternel"
Ils ne sont pas les seuls à fuir le pays en crise. Redoutant une reprise des combats entre les forces gouvernementales et les rebelles des Forces nouvelles, près de 6000 Ivoiriens ont gagné le Liberia voisin au cours de la semaine écoulée, selon un responsable des services d'immigration libérien. Parmi ces réfugiés, la crainte d'un départ des soldats français est grande. Samedi soir, le président sénégalais Wade a lui-même estimé que si les troupes françaises quittaient "aujourd'hui" la Côte d'Ivoire, "ce serait le chaos éternel".
Au plan diplomatique, les dirigeants africains tentent de trouver une issue pacifique à la crise, craignant que le conflit ne déborde dans le reste de l'Afrique occidentale. Un sommet de l'Union africaine se tiendra dimanche à Abuja sous la présidence du chef de l'Etat nigérian, Olusegun Obasanjo. Laurent Gbagbo y a été dûment invité mais il sera représenté par le président de l'Assemblée, Koulibaly. Le président sud-africain Thabo Mbeki continue pour sa part sa médiation. Après avoir rencontré samedi son homologue burkinabé, le capitaine Blaise Compaoré, il se rendra ce dimanche à Bruxelles.
(Photo AFP/archives : Laurent Gbagbo)
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