
Catherine Rechenmann est arrivée pour la première fois en Côte d’Ivoire en 1978, pour rejoindre sa belle-famille. Hormis une parenthèse de 8 années, passées au Ghana, elle a toujours vécu à Abidjan. Depuis 1995, elle s’occupe de l’Union des Français de l’étranger, dont elle a été élue présidente en 2000. Après les émeutes des derniers jours, elle a, pour la première fois, décidé de revenir en France. Mais avec la ferme intention de repartir. Interview...
tf1.fr : Vous avez décidé de quitter la Côte d’Ivoire... pourquoi ?
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Je suis rentrée samedi dernier par un vol d’Air France affrété par le gouvernement français. Cela faisait une semaine que j’attendais dans le camp militaire français du 43e Bima que la situation se calme. Jusqu’au dernier moment, je ne pensais pas rentrer en France. J’attendais simplement que la situation s’apaise en ville, pour pouvoir rentrer chez moi. Ce n’est pas la première crise en Côte d’Ivoire. En janvier 2003, après deux jours d’émeutes, une partie de la communauté française était déjà partie. Moi pas. Ou plutôt juste quelques jours, uniquement pour plaider une réouverture plus rapide des écoles, déjà en partie saccagées.
Mais, cette fois-ci, j’ai trouvé que les choses allaient trop loin. Aucun appel au calme n’a été lancé. Tout le monde s’est déchaîné sur la communauté française. Des hordes de Patriotes ont pris pour cibles nos maisons. Il y a eu des agressions...
Cette fois, toutes nos écoles ont été dévastées, illustrant une haine totale. Pourtant, 75% des élèves ivoiriens suivent aussi leurs cours dans ces établissements. Pour eux aussi c’est un drame.tf1.fr : En tant que présidente de l’Union des Français en Côte d’Ivoire, quel a été votre rôle au plus fort de la crise ?
Nuit et jour j’ai reçu des dizaines et des dizaines d’appels de Français affolés. Ils étaient en train de se faire attaquer ou se trouvaient en mauvaise posture. Ce fut des moments très difficiles. A chaque fois, je transmettais leur positionnement à la cellule d’urgence mise en place par
Licorne, pour que les militaires français aillent les secourir. Parmi ces coups de téléphone, j’ai également reçu de nombreux témoignages d’amis ivoiriens. Nombre d’entre eux nous ont aidés. A leurs risques et périls, ils ont recueilli et protégé certains d’entre nous. Il faut savoir que sur 6 millions d’Ivoiriens, ils ne sont que 40 000 contre nous. Pourquoi une telle haine contre les Français ? Je n’arrête pas de me poser cette question et pour l’instant je n’ai pas de réponse. C'est une douleur, une douleur totale, très cruelle.
La Côte d'Ivoiren, séparée en 2 camps-
tf1.fr : Vous-même, vous avez dû abandonner votre maison...
A Abidjan, j’habitais dans la zone non sécurisée par l’armée française, située après les ponts. Là où se trouvent les deux plateaux, Cocody et toute la Riviera. Le dimanche 7 novembre, dans l’après-midi, mon quartier a été cerné par les Patriotes. Je me suis cachée et j’ai continué à gérer les appels. Et puis, le lundi, un hélicoptère français est venu me chercher. Je n’avais pas sollicité les militaires, je ne voulais pas partir, mais ils m’ont fait comprendre que ce n’était plus possible, il fallait y aller. Je les ai donc suivi, en laissant tout derrière moi. Je suis restée une semaine sur la base du 43e Bima, pensant que la tension allait retomber. Là-bas, il y a eu un grand élan de solidarité. Dès le début, notamment, les Franco-Libanais d'Abidjan n’ont cessé d’apporter, quotidiennement, des vivres et de l’eau aux Français présents dans le camp. Je voudrais aussi saluer nos militaires, qui ont joué un rôle humanitaire admirable. On a tendance à parler d’eux quand ca va mal. Là, ils ont été extraordinaires, il faut le dire aussi.
tf1.fr : Qu’est-il fait en France pour venir en aide à ces rapatriés ?
Dès le rapatriement des premiers Français, une structure d’accueil a été mise en place à Roissy 3. Des personnels du Centre d’entraide aux rapatriés français, de la préfecture, de la Croix-Rouge, de la sécurité sociale ou encore de d’Education nationale, étaient présents pour répondre aux questions des rapatriés. C’était très bien, mais maintenant, je voudrais que le gouvernement n’oublie pas les Français de Côte d’Ivoire. Il faut décréter une situation de catastrophe pour débloquer un fond. Avec plus de 7 000 rapatriés, il faut vraiment y penser.
tf1.fr : Envisagez-vous de retourner en Côte d’Ivoire ?
Je veux y retourner ! Mais pour cela il faut que la sécurité soit rétablie. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Il faut une cohérence entre les paroles de Laurent Gbagbo et les faits. Il est trop facile de demander aux entrepreneurs français de revenir en Côte d’ivoire, alors que dans la presse locale, qui n’est plus qu’une presse d’Etat, on continue à se déchaîner contre nous.
Pour plus d'informations sur l'Union des Français de l'étranger : www.ufeci.com
Photo d'ouverture : Catherine Rechenmann (source : uefci)
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