Espagne : le préservatif de la discorde

le 21 janvier 2005 à 15h55 , mis à jour le 21 janvier 2005 à 16h42

La controverse enflamme le pays. La Conférence épiscopale espagnole a rappelé à l'ordre mercredi son propre porte-parole, coupable d'avoir reconnu l'utilité du préservatif dans la lutte contre le sida. Un revirement que d'aucuns attribuent à des pressions du Vatican.

Les jeunes et le préservatif © INTERNE

La valse-hésitation de l'Eglise catholique espagnole au sujet du préservatif sème la zizanie dans le pays… et embarrasse le Vatican. Vendredi, Jean Paul II, s’il a demandé à l'Eglise d'aider les victimes du sida, s’est bien gardé d’entrer dans la polémique. Pour sa part, le porte-parole du Vatican, l'Espagnol Joaquin Navarro Valls, s'est déclaré "peu intéressé" par le préservatif, un "ustensile" qui ne traite pas à son origine la question de la dissémination du sida, dans un entretien publié par le quotidien catalan La Vanguardia.

La controverse se développe depuis plusieurs jours en Espagne. La Conférence épiscopale espagnole a réaffirmé mercredi soir au terme de plusieurs heures de réunion le caractère "immoral" du préservatif et son attachement aux seules vertus préventives de la fidélité et de l'abstinence. Ce sec rappel à l'ordre a mis un terme aux espoirs suscités la veille par son propre secrétaire général et porte-parole, Juan Antonio Martinez Camino, qui avait surpris tout le monde en déclarant que le "préservatif avait sa place dans le contexte de la prévention intégrale et globale du sida" à l'issue d'une réunion avec la ministre espagnole de la Santé Elena Salgado. Le Vatican est entré à son tour dans la controverse jeudi : l'ancien ministre de la Santé du pape, le cardinal mexicain Javier Lozano Barragan a expliqué que l'Eglise interdisait le recours au préservatif dans la lutte contre le sida parce que "l'objectif est d'empêcher la fornication".

Un revirement "véritablement immoral"

Des arguments qui ont fait réagir bien au-delà de la sphère de l’Eglise. Elena Salgado a regretté le revirement de l'Eglise espagnole. Celle-ci émet "des considérations morales destinées à orienter ses fidèles qui ne peuvent se susbstituer aux argumentations des scientifiques et de l'Organisation mondiale de la santé" (OMS), a souligné la ministre espagnole de la Santé. Sur le même ton mesuré, le chef de l'opposition conservatrice a estimé que "l'Eglise a parfaitement le droit de défendre ses positions" mais que "le gouvernement prendra les décisions qui lui semblent aller dans le sens de l'intérêt général".

"Déception épiscopale. La surprise et l'espoir de beaucoup n'auront duré que quelques heures", commentait jeudi le quotidien catalan El Periodico. Ce qui est "véritablement immoral" ajoutait-il, c'est le rejet par l'Eglise "d'une méthode qui sauve des vies humaines". Parlant de "retour en arrière", le théologien progressiste Enrique Miret, ex-président de l'Association des théologiens Jean XXIII, a estimé que le Saint-Siège avait fortement incité la Conférence épiscopale "à désavouer son porte-parole".

Le refus visible du Vatican, vendredi, d’aller plus avant dans la polémique, est sans doute loin de marquer la fin de la "question du préservatif". Déjà, en 1996 et 2000, les Eglises française et brésilienne avaient dû "se repentir" de prises de positions similaires.

Photo d’ouverture : archives

le 21 janvier 2005 à 15:55
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