"L'objectif du HCR : la reconstruction"

Par Pauline POLGAR, le 05 janvier 2005 à 12h20 , mis à jour le 06 janvier 2005 à 09h48

Pour la première fois de son histoire, le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) des Nations unies sort de ses attributions pour venir en aide aux victimes en Asie. Stéphane Jaquemet, représentant régional adjoint en Indonésie, décrit à tf1.fr sa mission dans la région.

aide humanitaire Banda Aceh Sri lanka

tf1.fr : En quoi consiste votre mission en Asie après la catastrophe ?

Stéphane Jaquemet : Pour la première fois, le HCR, à la demande des Nations unies, est amené à s'occuper de personnes déplacées, victimes d'une catastrophe naturelle, et non de réfugiés qui relèvent normalement de son mandat. Le HCR met ainsi à disposition son expérience en assistant immédiatement les victimes. Concrètement, cela ne diffère pas en terme d'activité avec ce que l'organisation fait habituellement. A une exception près : le HCR ne s'est jamais impliqué aussi massivement et sur une région aussi vaste.

Sur place, l'organisation se concentre sur les abris temporaires, en fournissant des tentes, des couvertures, du matériel isolant, aux camps improvisés montés par les survivants. Les victimes ont fui spontanément dans des zones en hauteur, où à la recherche d'un point d'eau. L'intention n'est pas de créer un camp de personnes déplacées sur le long terme, loin de là. Il faut rapidement passer de la phase d'urgence à celle de la reconstruction. Rester sous la tente entretient le rappel du malheur de la catastrophe.

tf1.fr : Comment s'organise la coordination des différents intervenants sur place ?

S.J. : Les Nations unies coordonnent les associations humanitaires et les armées nationales pour qu'il y ait une division du travail efficace. Pour l'Indonésie, il existe deux niveaux de coordination, une centrale à Jakarta et une par secteur comme à Banda Aceh. Cette répartition est très importante, afin que tout le monde ne fasse pas la même chose sur place et que personne ne soit oublié. L'OMS a pris la tête de la coordination sur le terrain de la santé.

tf1.fr : Sur place, quelles ont été les principales difficultés d'intervention ?

S.J. : Evidemment la première difficulté consiste en l'accès aux zones touchées. Les routes étant détruites, l'hélicoptère, qui a une capacité limitée, est le principal moyen d'acheminement de l'aide. De plus, l'aéroport de Banda Aceh a une faculté d'absorption limitée. Enfin, et c'est le principal problème : l'absence de ressources humaines locales. La plupart des associations qui étaient sur place ont perdu tout leur personnel dans la catastrophe. Au niveau des autorités locales, 50 à 60% du personnel a été tué. Il faut donc faire face sur le terrain avec des personnes envoyées à Aceh mais qui ne sont pas familiarisées avec la région. Imaginez une catastrophe en France dans un endroit où toute autorité locale aurait disparu.
En ce qui concerne les mouvements séparatistes ou la délinquance, il n'y a pas eu de problèmes majeurs. Pour l'instant, seuls des incidents de petite criminalité ont été signalés, provoqués par les gens qui se sont échappés de prison au moment de la catastrophe.

tf1.fr : Y a-t-il un début d'épidémies ?

S.J. : Le problème existe, bien que pour l'instant il ne soit pas massif. Il y a des cas de diarrhée et de malaria. Mais plus les jours passent, plus la situation va se compliquer, en raison de l'absence d'eau potable et de la saison des pluies, qui ne font qu'empirer la situation.

tf1.fr : Sur le long terme, quelle sera l'action du HCR dans la région ?

S.J. : L'Onu a chargé le Programme des Nations unies pour le Développement (le PNUD) et le HCR de s'occuper de la reconstruction, notamment de 35 000 maisons. En parallèle à la délivrance de l'aide immédiate, il faut voir plus loin et redonner un toit aux millions de sans-abri en évaluant les besoins et en consultant les gens concernés. Même s'il est impossible de savoir combien de temps prendra le processus, nous espérons le mener à bien le plus rapidement possible. C'est pourquoi le HCR a besoin de fonds pour pouvoir s'engager dans la durée.

Pour information ou pour un don : www.unhcrfrance.org

(Photo : arrivée d'aide humanitaire dans la région de Banda Aceh en Indonésie. LCI)

Par Pauline POLGAR le 05 janvier 2005 à 12:20
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience