
Opérateur-radio dans la tour de contrôle du port de Teressa, île du sud de l'archipel indien des Nicobar, à quelque 1 000 km à l'est de l'Inde continentale, Razak Ali passait beaucoup de temps à regarder la chaîne américaine National Geographic.
"Les reportages que j'ai vus (...) ont beaucoup aidé", explique l'homme âgé de 39 ans. "Après le séisme sous-marin, je me suis rendu dans ma tour et j'ai vu la mer bouillonner, puis reculer. C'étaient les symptômes dont des experts avaient parlé et j'ai immédiatement dit : 'Oh mon Dieu, les tsunami arrivent' ", raconte-t-il. Ali s'est alors précipité hors de la tour et, voyant l'un des habitants sur sa mobylette, lui a "dit de faire le tour à toute vitesse de l'île et de prévenir les gens". "J'ai couru dans la direction opposée en criant : courez, courez sur les hauteurs, sauvez-vous !", a encore expliqué ce père de deux enfants. Derrière lui, la première vague est venue s'écraser contre les immeubles du port et le commissariat local. "L'hôpital a été évacué et patients et docteurs sont allés sur les hauteurs. Trois femmes qui ont fait demi-tour pour vérifier que ce n'était pas une farce ont été englouties", affirme-t-il.
L'île de Teressa située à quelque 380 km au sud de la capitale des Andaman, Port Blair, et comptant 3.500 habitants apparaît dans les bilans officiels comme n'ayant perdu qu'un seul insulaire. "Nous avons sauvé des centaines de personnes ce jour-là parce qu'elles étaient déjà dehors, à cause du séisme, et qu'elles ont pu nous entendre hurler", explique le technicien musulman. Mais selon Ali et son ami à la motocyclette, Mohammed Nazam, au moins 50 personnes ont tout de même été tuées par les trois vagues géantes qui ont frappé l'île.
'Il faut regarder la télévision, car la connaissance c'est le pouvoir"
"Sans Ali, nous serions tous morts", assure Ranjan Mazumdar, un autre habitant de l'île. "Après les tsunami, il a fallu survivre au milieu de toute cette destruction et certains d'entre nous se sont rassemblés pour danser, chanter et garder le moral", raconte encore Ali.
"Pour le bien de l'humanité, il faut s'entraider, mais je conseille vraiment aux gens de regarder la télévision, car la connaissance c'est le pouvoir ", conclut l'homme désormais surnommé par les habitants "Père Teresa", en référence à Mère Teresa de Calcutta.
(Photo : L'archipel d'Andaman et de Nicobar balayé par le raz-de-marée. Archives)
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