
Partis le mercredi 28 décembre pour la Thaïlande, les dix pompiers –dont un médecin-urgentiste et un infirmier- du Groupe de secours catastrophe français (GSCF) sont revenus le 5 janvier. Dépêchés dans la région de Khao Lak, notamment au Sofitel Magic Lagoon, ils y ont trouvé un décor apocalyptique. Thierry Velu, leur chef d'équipe, raconte.
Tf1.fr : Quelle était votre mission à Khao Lak ?
Thierry Velu : Nous sommes donc restés une semaine sur place. Nous avons au total œuvré sur cinq sites. En collaboration avec nos confrères thaïlandais, nous avons tout d'abord fouillé les décombres à la recherche d'éventuels survivants. Ensuite, nous avons surtout tenté de retrouver des éléments permettant d'identifier les corps.
Tf1.fr : Aviez-vous espoir de retrouver des survivants ?
T.V. : En partant, nous étions conscients que nous n'avions pas beaucoup de chance. Mais il y a toujours une lueur d'espoir. Dès notre arrivée, nous nous sommes concentrés sur les zones de survie. Mais elles n'ont pas été exploitables car elles étaient inondées. Beaucoup de personnes y sont mortes noyées. On espérait malgré tout, surtout lorsqu'on a appris que le 6e jour, les sauveteurs thaïlandais avaient retrouvé une personne qui s'était réfugiée dans une cave à Khao Lak.
"Des traces d'eau à dix mètres de hauteur"
Tf1.fr : L'hôtel Sofitel de Khao Lak a subi la vague de plein fouet. Qu'avez-vous trouvé en arrivant sur place ?
T.V. : Nous avons vraiment été saisis et très surpris par l'ampleur de la catastrophe. On est arrivé à ce qu'il restait de l'hôtel en fin de journée, alors qu'il faisait déjà nuit. Le silence était impressionnant. On n'entendait vraiment rien, même pas un oiseau. C'était vraiment spécial.
Les arbres étaient déracinés, des socles de pylône de plusieurs tonnes arrachés. L'hôtel a été littéralement ravagé jusqu'au 2e étage. Des traces d'eau étaient visibles à plus de dix mètres de hauteur. Cela signifie que la force de la vague était vraiment spectaculaire.
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| Thierry Velu à son retour à Roissy |
Tf1.fr : Qu'avez-vous retrouvé ?
T.V. : Nous y sommes restés une journée et demie. Il y avait beaucoup de corps à identifier. Ce n'était pas évident car 80% des gens de l'hôtel étaient soit à la plage, soit en short, donc sans papiers d'identité.
Les autorités thaïlandaises nous ont chargés d'en récupérer le plus possible et de les trier. Dans les chambres, nous avons retrouvé des cartes d'identité, des passeports, des cartes grises, mais aussi des éléments plus personnels comme des bijoux, des photos… Nous les avons remis aux autorités françaises à notre retour. C'était très émouvant de retrouver des pièces appartenant à des Français à plusieurs milliers de kilomètres de chez nous en sachant que ces personnes étaient disparues.
L'identification sera longue, mais avec l'ADN et les empreintes dentaires, on devrait pouvoir mettre un nom sur 80% des personnes retrouvées (ndlr : les autorités thaïlandaises ne procèdent pas à la crémation des Occidentaux).
"Des personnes ne seront jamais retrouvées"
Tf1.fr : Pensez-vous que des corps seront encore retrouvés ?
T.V. : Désormais, les bulldozers prennent le relais des sauveteurs. C'est la seule solution pour effacer les stigmates de la catastrophe. Ils vont déblayer des tonnes de gravas accumulés par le béton, la ferraille, les voitures. Il y aussi deux mètres de sable par endroits. On va encore retrouver des cadavres. En revanche, il y a aussi forcément des personnes qui ont été emportées par la mer et qui ne seront jamais récupérées.
Tf1.fr : Allez-vous retourner sur place ?
T.V. : Nous sommes en train de monter une nouvelle opération avec le Quai d'Orsay avec comme objectif de repartir d'ici une dizaine de jours si nous récoltons assez de dons (cliquez ici pour effectuer votre donation) et si les besoins sont réels sur place. En tant que chef d'équipe, je serai de ce voyage. Cela fait aussi partie de mon travail de bénévole. J'espère que cela sera assez rapide pour éviter la fatigue. Nous réfléchissons également à la mise en place d'une "Force d'action rapide" en cas de catastrophes naturelles en Asie.
Environ 200 disparus au Sofitel |
Selon les derniers chiffres, toujours approximatifs, 415 clients –dont environ 90 Français- étaient présents à l'hôtel le 26 décembre. Un peu plus de 200 –dont une soixantaine de Français- ont été retrouvés vivants. Sur les 250 employés, une cinquantaine sont toujours portés disparus.
Accor, qui communiquait quotidiennement les jours suivant le drame, laisse désormais s'exprimer les autorités françaises, qui gèrent les recherches sur place conjointement avec le gouvernement thaïlandais.
(photo d'archives-28 décembre : les décombres du Sofitel)
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