© AFPPrès de trente-trois ans après le scandale du Watergate qui provoqua la démission du président Nixon en 1974, le mystère entoure toujours l'identité de la "Gorge profonde" (deep throat) qui avait informé Bob Woodward, le journaliste du Washington Post, à l'origine du plus gros scandale politique américain.
Journalistes, hommes politiques, hauts fonctionnaires : tous ont tenté, un jour, de mettre un visage sur cette personne qui a changé le cours de la vie américaine. En vain. La légende veut que seuls quatre individus connaissent son identité : Bob Woodward, donc, son collègue Carl Bernstein, co-auteur du scoop, Ben Bradlee, chef d'édition au Post et, bien sûr, Gorge profonde elle-même. Le premier ayant toujours affirmé qu'il ne dévoilerait l'identité de son informateur qu'à la mort de celui-ci, on pensait qu'il faudrait patienter encore quelque temps avant de mettre un point final à cette affaire.
Promesses non tenues ?
Mais le dossier a rebondi le week-end dernier aux Etats-Unis. Dans une lettre envoyée au site internet d'une école de journalisme (www.poynter.org), un journaliste américain a jeté un pavé dans la mare en prétendant que la gorge profonde du Watergate n'était autre que… George Bush, l'ancien président de Etats-Unis (1989-1993) et père de l'actuel numéro 1 du pays.
Pourquoi cet homme qui deviendra quelques années plus tard patron des services secrets américains (CIA) aurait-il brusquement "trahi" son camp ? Selon Adrian Havill, l'auteur de ces "révélations", l'affaire se résumerait à une simple histoire de rancœur personnelle : à l'époque, Richard Nixon aurait promis à George Bush Senior deux postes prestigieux - sous-secrétaire d'Etat au Trésor et vice-président de la Maison Blanche - mais n'aurait jamais tenu ses promesses. Le journaliste évoque des faisceaux de présomption, sans toutefois fournir de preuves irréfutables.
"L'aîné des Bush a finalement eu sa revanche…"
"Richard Nixon a pressé Bush de quitter sa place confortable au Congrès, faisant allusion au fait qu'un poste de sous-secrétaire d'Etat au Trésor l'attendrait en cas d'échec dans sa tentative d'obtenir un siège au Sénat. Lorsque Bush a échoué, Nixon a manqué à sa parole et lui a finalement demandé de prendre le poste d'ambassadeur auprès de l'ONU tout en lui faisant miroiter qu'il pourrait remplacer Spiro Agnew [le vice-président] in 1972. Au lieu de cela, il a eu la redoutable tâche de diriger le Comité national républicain en 1973… L'aîné des Bush a finalement eu sa revanche en 1974 en étant la première personne issue du premier cercle à demander au président Nixon de démissionner", écrit aujourd'hui Adrian Havill.
Mais comment Bush Senior, ambassadeur à New York, a-t-il pu rencontrer à sept reprises le journaliste du Post à… Washington ? "On sait que sept des huit rencontres entre Gorge profonde et Bob Woodward se sont déroulées le week-end à Washington, relève Adrian Havill. Or, l'ambassadeur Bush rentrait souvent en fin de semaine dans sa maison de Washington".
Bush Senior et Woodward, amis de longue date ?
Agé de 61 ans, Adrian Havill a déjà écrit de nombreux livres, dont Deep Truth (1993), une biographie de Woodward et Bernstein, les deux journalistes auteurs du scoop du Watergate. A l'époque, il avait developpé la thèse selon laquelle l'affaire n'avait pu éclater que grâce aux informations provenant de plusieurs sources différentes. Sa conviction aurait été ébranlée il y a quelques années seulement lorsqu'il apprit que Bob Woodward avait obtenu sept heures d'interview avec l'actuel président George W. Bush pour son livre "Bush at War", sorti à la fin de l'année 2002, alors même que l'actuel hôte de la Maison Blanche déteste la presse. Preuve, pour Adrian Havill, des relations étroites unissant Bush Senior et le journaliste du post.
Autres éléments avancés par Adrian Havill : Bush Senior et Bob Woodward se connaissaient de longue date. Tous deux avaient servi dans la Marine et sont diplômés de la prestigieuse université de Yale.
Pour l'heure, ces informations n'ont pas encore aiguisé la curiosité des médias américains. Seuls quelques titres de la presse écrite en font état. Le Boston Herald a tenté de recueillir la réaction d'un porte-parole de George Bush Senior. Une demande restée lettre morte.
Scoop inviolé |
Depuis la parution des premiers articles du Washington Post, en 1972, de nombreux noms ont circulé pour tenter de démasquer "Deep throat". Henry Kissinger, à l'époque Secrétaire d'Etat, ou Pat Buchanan, le rédacteur des discours du président Nixon, furent un temps suspectés, de même que Fred Fisher Fielding, un conseiller de la Maison Blanche et quelques responsables de la CIA et du FBI. Mais aucune preuve n'a jamais été apportée. L'anonymat requis par le mystérieux informateur de Bob Woodward a été scrupuleusement respecté. |
Photo AFP : Les Bush, fils et père, le 3 août 2002 à Kennebunkport (Maine, EU).
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