La chasse à courre chassée

Par , le 17 février 2005 à 12h14 , mis à jour le 28 février 2005 à 17h01

C'est la fin d'une tradition ancestrale outre-Manche : déjà abolie depuis 2002 en Ecosse, la chasse à courre est également définitivement interdite en Angleterre et au Pays de Galles. Mais ses partisans entendent bien continuer et la traque du renard et le combat judiciaire.

[Expiré] [Expiré] chasse courre © afp

Cornes, chiens, chevaux, renards, fusils : la tradition –ou le "loisir cruel" selon le point de vue- remonte à 1660. Outre-Manche, la chasse à courre au renard, mais aussi au cerf et au lièvre, est une véritable institution, notamment dans la haute société. Vendredi, elle sera officiellement bannie en Angleterre et au Pays de Galles –elle l'est déjà en Ecosse depuis 2002. A la suite d'une longue bataille politique et judiciaire, le dernier recours des partisans de la chasse à courre a en effet été rejeté mercredi. D'autres requêtes sont encore envisageables, notamment au niveau européen, mais elles ne sont pas suspensives.

Cette interdiction faisait partie des promesses de campagne de Tony Blair lors de sa première élection en 1997. Face à un sujet très polémique qui dépasse les frontières politiques, le Premier ministre a tenu bon face à l'hostilité de la Chambre des Lords., devant même recourir au "Parliament Act" -ce texte de 1911, utilisé seulement trois fois, permet aux Communes de passer outre la volonté de la chambre haute du Parlement. Les manifestations qui ont jalonné le processus -400 000 personnes dans les rues de Londres en 2002- ne l'ont également pas fait revenir sur sa position.

Des battues ce week-end

Reste à savoir maintenant si le gouvernement fera appliquer ou non la nouvelle loi. Car les chasseurs sont bien décidés à passer outre, malgré les peines encourues. Les forces de l'ordre ont de leur côté reçu l'ordre d'éviter tout excès de zèle. Ce week-end fera donc office de test.

La Countryside alliance, pourtant dirigée par une travailliste, a d'ores et déjà fait savoir que 50.000 personnes sont décidées à chasser samedi et dimanche, "sachant pleinement qu'elles seront arrêtées". "Le 19 février, cela aura l'air, l'odeur et le bruit des chasses à courre. Il y a aura des gens à cheval, des centaines de fermiers, des meutes de chiens et des renards seront tués. Comment voulez-vous persuader des chiens d'appliquer une loi, c'est impossible", insiste Simon Hart, numéro 2 de la Countryside alliance. Près de 500.000 personnes devraient aussi manifester leur soutien aux chasseurs.

8 000 emplois directs

D'autres chasseurs, plus légalistes, promettent de jouer le jeu. "Nous continuerons à chasser, mais légalement" explique Richard Merrett, secrétaire de la société de chasse à courre des Cotswolds, dans le sud-ouest de l'Angleterre. "Nous sortirons avec nos chevaux et nous emmènerons les chiens faire de l'exercice, derrière un leurre, un cadavre de renard, tiré par un cheval, ou un sac de paille imbibé d'urine de renard" assure-t-il.

Reste à savoir quel sera le coût politique de cette polémique pour Tony Blair. Déjà fragilisé avec la situation en Irak, le Premier ministre pourrait y laisser de précieuses voix lors des élections législatives du 5 mai. Outre son aspect sociétal, la chasse à courre revêtait selon plusieurs études un impact économique non négligeable : 8 000 emplois (éleveurs de chevaux, palefreniers, maîtres de chenils, selliers, forgerons…) en dépendraient directement et 15 000 indirectement, surtout dans le secteur hôtelier. Des emplois de fait menacés.

(photo afp)

Par Fabrice Aubert le 17 février 2005 à 12:14
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