© AFP/Fady El Khoury est propriétaire du mythique hôtel Saint-Georges de Beyrouth, un établissement fréquenté par les plus grandes célébrités du monde durant les années 60 et le début des années 70. Brigitte Bardot, le Shah d'Iran, George Bush père, André Malraux… Tous ont apprécié les délices du plus bel hôtel libanais.
Puis en décembre 1975, au tout début de la guerre civile, l'établissement a brûlé. Squatté, pillé, sa reconstruction a ensuite sans cesse été repoussée depuis 1990. La faute, selon Fady El Khoury, aux tracasseries administratives infligées par l'ancien Premier ministre… Rafic Hariri. Lequel aurait annulé le décret autorisant la reconstruction de l'établissement après le refus d'El Khoury de lui vendre son hôtel…
Par un curieux raccourci de l'histoire, l'attentat qui a tué Rafic Hariri lundi s'est déroulé devant l'hôtel Saint-Georges. Contacté à Beyrouth par tf1.fr, Fady El Khoury témoigne du drame.
"Je me trouvais lundi dans le restaurant de la plage de l'hôtel Saint-Georges. A 13 heures, il y avait beaucoup de monde dans la rue et des milliers de voiture qui circulaient. Je m'apprêtais à rejoindre mon hôtel lorsque j'ai été retardé par un coup de téléphone. A ce moment, il y a eu une énorme explosion. Une partie du plafond est tombée sur moi. J'avais encore une petite ouverture pour pouvoir respirer. Mais à la seconde explosion, j'ai été plaqué au sol. Je me suis retrouvé sous les décombres. Puis j'ai réussi à me faufiler pour sortir à l'air libre. Si je n'avais pas reçu ce coup de fil, je me serais retrouvé sur les lieux de la catastrophe. J'ai eu de la chance, je n'ai que des contusions.
Pour moi, c'est un drame. J'ai fait le tour des hôpitaux pour tenter de voir mes employés. J'ai trouvé les vivants, je n'ai pas trouvé les morts. Sur la vingtaine d'employés que j'avais, presque la moitié ont perdu la vie. Il s'agit des ouvriers qui travaillaient sur les façades de l'hôtel. Les autres sont blessés, parfois gravement. Les explosions se sont produites dans la rue, juste au niveau de l'hôtel. C'est une route par laquelle tout le monde passe. Le cortège de Hariri passait tout le temps par là. La banque HSBC et l'hôtel Phoenicia ont également eu leurs fenêtres arrachées.
Après 10 ans de travail, nous avions essayé de reconstruire tant bien que mal la structure de l'établissement. Mais ce soir, la façade est dans un état pire qu'au moment de la guerre. C'est incroyable. La force de la bombe est inimaginable. Des piliers en fer ont été arrachés, des murs en béton armé ont été déplacés, l'immeuble en face de l'hotel a été dévasté. On a même retrouvé des portes dans des arbres, de l'autre côté de l'immeuble.
L'hôtel Saint-Georges est l'ennemi juré de la société Solidere [Société créée en 1994 grâce notamment à des capitaux saoudiens et détenue par Hariri à hauteur de 8 % , Solidere (SOciété LIbanaise pour le DEveloppement et la REconstruction), gère en situation de monopole la reconstruction du centre-ville de Beyrouth] et de tout ce que M. Hariri représente. Cela fait dix ans que l'hôtel Saint-Georges est en lutte avec Hariri qui nous empêche de reconstruire l'hôtel. Ce n'est pas un ami mais je trouve dramatique que les hommes politiques résolvent leurs problèmes sur le dos de personnes innocentes.
Le Liban n'est pas tout à fait un pays. Plus rien ne m'étonne. Mais de là à mourir comme ça, cela n'était pas dans mes prévisions... De 1975 à 1990, notre pays était en guerre. Là, aujourd'hui, avec cet attentat, c'est comme si on avait eu la guerre. Mais cet hôtel, nous le reconstruirons".
Photo AFP/Ramzi HAIDAR : le propriétaire de l'hôtel Saint-Georges de Beyrouth, Fady El Khoury, le 10 Mai 2001.
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