Faure Gnassingbé Eyadéma à la télévision togolaise © DRInsensible aux pressions internationales, l'héritier Eyadéma poursuit les étapes de sa prise de contrôle des institutions togolaises. Désigné par l'armée pour succéder à son père, le président Gnassingbé Eyadéma décédé samedi, puis entériné par les députés togolais (pratiquement tous membres du parti du défunt) qui l'ont nommé président de l'Assemblée et ont adapté au pied levé la Constitution aux besoins du moment, Faure Gnassingbé a prêté serment lundi à Lomé comme nouveau président de la République.
"Devant Dieu et devant le peuple togolais, seul détenteur de la souveraineté populaire, nous, Gnassingbé Faure, investi des charges de président de la République conformément aux lois de la République, jurons solennellement de respecter et de défendre la Constitution", a déclaré le nouveau président devant les six membres de la Cour constitutionnelle, réunis en audience solennelle au palais présidentiel. Si les ambassadeurs de Chine, de Libye, du Ghana, de la République démocratique du Congo, ainsi qu'une délégation ivoirienne, assistaient à la cérémonie d'investiture, aucun diplomate occidental accrédité au Togo n'était apparemment présent.
Calme plat à Lomé
Même discrétion dans les rues de Lomé en ce jour solennel. Les habitants de la capitale vaquaient à leurs occupations comme si de rien n'était, évitant de discuter avec les journalistes occidentaux, pendant que le quartier du Palais présidentiel était quadrillé par l'armée et la police, des soldats casqués à bord de pick-up équipés de mitrailleuses lourdes ayant pris position aux carrefours. Aux abords du campus universitaire, situé en face de Lomé II, la résidence du chef de l'Etat, policiers et militaires étaient en faction par petits groupes. Des étudiants avaient semble-t-il tenté d'ériger une barricade - un début de manifestation vite dispersé.
La communauté internationale continue pourtant à dénoncer ce coup d'Etat constitutionnel. Kofi Annan a exprimé lundi sa préoccupation, de même que la France, qui a appelé "à l'organisation rapide d'élections libres et démocratiques". L'Union africaine a affirmé sa "détermination à imposer des sanctions" contre le Togo si "la légalité constitutionnelle" n'y est pas rapidement rétablie. L'Union européenne a dit soutenir la position de l'UA. La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) tiendra mercredi au Nigeria un sommet extraordinaire sur la question. Lundi, elle a envoyé à Lomé une délégation pour exprimer "sa préoccupation" à propos de la "stabilité" et la "paix" au Togo, à Faure Gnassingbé, avant sa prestation de serment. La délégation, dirigée par la ministre des Affaires étrangères du Niger, Aïchatou Mindaoudou, a quitté Lomé sans assister à la cérémonie d'investiture.
Photo d'ouverture : Faure Gnassingbé Eyadéma, s'exprimant à la télévision togolaise - DR
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