Liban : l'ancien Premier ministre tué dans un attentat

le 14 février 2005 à 12h29 , mis à jour le 14 février 2005 à 22h03

Rafic Hariri a été tué lundi à la mi-journée par l'explosion d'une voiture piégée survenue près de l'hôtel Saint-Georges à Beyrouth. Neuf autres personnes ont trouvé la mort dans l'attentat. La chaîne Al-Jazira a reçu un message de revendication d'une organisation baptisée "La victoire et le jihad en grande Syrie".

Attentat Beyrouth - Voiture calcinée (1)Un attentat à la voiture piégée a eu lieu lundi en début d'après-midi dans la capitale libanaise

Rafic Hariri, l'ex-Premier ministre libanais, a été tué dans un attentat commis à Beyrouth lundi peu avant 13h, heure locale (midi à Paris).  L'explosion est due à une voiture qui a explosé au passage du convoi de l'ancien dirigeant, au niveau d'un quartier en bord de mer proche de l'Hôtel Saint-Georges, dans l'ouest de Beyrouth. Selon les premières estimations fournies par la télévision officielle libanaise Télé-Liban, plus de 350 kg d'explosifs ont été utilisés pour cet attentat, qui a également fait neuf morts (notamment parmi le personnel de l'hôtel) et une centaine de blessés.

Près de l'hôtel, peu après l'explosion.
JB/AFP

Dans la zone de l'explosion, qui a provoqué un cratère de plusieurs mètres dans la chaussée, les forces de sécurité libanaises ont installé un cordon de sécurité. Le responsable de l'hôtel Saint-Georges, joint par tf1.fr, a évoqué pour sa part une double explosion, d'une telle violence qu'elle a détruit toute la façade et ébranlé des murs de béton armé. Un grand nombre de blessés ont été transportés à l'hôpital. L'explosion, dans un secteur bondé à cette heure de la journée, a provoqué d'énormes dégâts sur des bâtiments voisins dont des pans de murs entiers se sont effondrés. Les vitres des immeubles ont été soufflées dans un rayon d'un kilomètre. Les grands hôtels du front de mer, comme l'hôtel Phoenicia Intercontinental, ont aussitôt été évacués, les clients quittant les lieux dans la panique.

Une vidéo de revendication

Le bureau de la chaîne qatariote Al-Jazira à Beyrouth a indiqué avoir reçu un appel téléphonique de revendication émanant d'une organisation baptisée '"An-Nasr wal Jihad fi Bilad el-Cham" (La victoire et le jihad en grande Syrie). Le correspondant, qui s'exprimait en arabe avec un fort accent, aurait évoqué "une opération martyre" destinée à "punir l'agent infidèle Rafic Hariri". Al-Jazira a diffusé au cours de l'après-midi de lundi une vidéo reçue au nom de ce même groupe, qui affirme que l'ex-Premier ministre libanais a été tué pour ses liens avec l'Arabie saoudite. Rafic Hariri, qui a fait fortune dans le bâtiment en Arabie saoudite, avait la nationalité saoudienne.

Le Premier ministre libanais Omar Karamé s'est rendu sur place, de même que d'autres députés qui ont interrompu une séance du parlement.  Le chef de l'Etat Emile Lahoud a présidé dans l'après-midi une réunion du Conseil supérieur de défense, formé des chefs de tous les organismes de sécurité. Les ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité de l'Onu présents au Liban ont été convoqués en soirée par le chef de la diplomatie libanaise Mahmoud Hammoud. Pour l'ex-ministre et député de l'opposition Boutros Harb, la mort de Rafic Hariri "ouvre une phase d'incertitude qui ne pourra être surmontée que si les Libanais font preuve de solidarité". Le président syrien Bachar al-Assad a dénoncé pour sa part un "terrible acte criminel" et a assuré vouloir "déployer tous les efforts pour découvrir" les responsables.

Cet attentat s'inscrit dans un contexte de fortes tensions politiques au Liban et en Syrie, deux pays actuellement soumis à de fortes pressions américaines. Il intervient alors que le Liban se prépare à des élections législatives en mai et que la Syrie est accusée par les Etats-Unis de soutenir le terrorisme. Rafic Hariri, 60 ans, avait démissionné début octobre de son gouvernement et avait récemment apporté son soutien aux appels de l'opposition réclamant le départ des troupes syriennes avant les élections. Ses obsèques auront lieu mercredi à Beyrouth.

Les principaux attentats politiques au Liban

- La mort, en mars 1975, de Maarouf Saad, principal notable sunnite de Saïda, décédé après avoir été blessé dans une manifestation, est considérée comme l'un des événements ayant conduit au déclenchement de la guerre civile en avril 1975.
- Le 13 juin 1978, Tony Frangié, député de Zghorta et fils de l'ancien président Soleimane Frangié, est tué avec une partie de sa famille par un commando de miliciens chrétiens.
- Le 14 septembre 1982, Béchir Gemayel, président élu du Liban, est tué dans un attentat à l'explosif, 8 jours avant son entrée en fonction.
- Le 1er juin 1987, le Premier ministre sunnite Rachid Karamé est tué par une bombe placée dans son hélicoptère.
- Le 16 mai 1989, le mufti de la République, cheikh Hassan Khaled, autorité religieuse suprême de la communauté sunnite, est tué à Beyrouth.
- Le 22 novembre 1989, c'est le président René Moawad qui est assassiné, 17 jours après sa prise de fonction.
- Le 21 octobre 1990, le dirigeant chrétien Dany Chamoun, sa femme et deux de ses enfants sont tués par un commando.
- Une dizaine d'autres personnalités ont été tuées pendant la guerre, notamment deux membres éminents de la communauté sunnite : cheikh Sobhi Saleh, président du Conseil islamique (organe législatif sunnite), modéré favorable au dialogue islamo-chrétien, tué en octobre 1986, et cheikh Ahmad Assaf, directeur du Centre islamique, proche des dirigeants traditionnels sunnites, tué en avril 1982. Même si les attentats ont diminué depuis la fin de la guerre, l'ex-ministre Elie Hobeika, ancien chef des milices chrétiennes des Forces libanaises (FL), a été assassiné le 24 janvier 2002.

Photo d'ouverture : la zone de l'explosion - DR

le 14 février 2005 à 12:29
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