
Le Liban est une nouvelle fois dans la tourmente. Les patrouilles militaires ont repris dans les rues de Beyrouth, des points de contrôle ont été rétablis. "Le commandement de l'armée a décrété la mobilisation générale de toutes les unités de l'armée, élevé au maximum leur état d'alerte, rappelé les permissionnaires et suspendu tous les congés (...) afin de sauvegarder la stabilité", a annoncé dans la soirée l'armée libanaise dans un communiqué.
Ces mesures exceptionnelles ont été prises à la suite de l'attentat perpétré lundi contre Rafic Hariri, grande figure de l'opposition libanaise. Elles n'ont cependant pas empêché des manifestations à Saïda et Beyrouth.
L'attaque, vraisemblablement perpétrée par un kamikaze à l'aide d'une voiture piégée, a fait au moins quatorze autres morts et une centaine de blessés. Rafic Hariri était un milliardaire qui bénéficiait d'une grande notoriété internationale et qui avait démissionné en octobre dans un contexte de cohabitation difficile avec la Syrie. Le Conseil supérieur de sécurité, la plus haute instance dans ce domaine, a annoncé un deuil officiel de trois jours. Les obsèques de Rafic Hariri auront lieu mercredi à Beyrouth.
Risque d'instabilité dans la région
Un député du bloc parlementaire de l'ancien Premier ministre, Walid Ido, a dit, devant les journalistes, refuser que le pouvoir libanais participe à ces obsèques, un sentiment que partage la famille du défunt, selon ses proches. L'opposition fait assumer aux "pouvoir libanais et au pouvoir syrien, en sa qualité de puissance mandataire, la responsabilité du crime" perpétré contre l'ancien Premier ministre. Elle a exigé "le départ du pouvoir actuel, qui a perdu toute légitimité et la formation d'un gouvernement transitoire ainsi que le retrait total des troupes syriennes avant les élections législatives" prévues au printemps. Elle a en outre réclamé une "commission d'enquête internationale en raison de l'absence absolue de confiance" de l'opposition dans le pouvoir en place.
Le chef de la diplomatie libanaise Mahmoud Hammoud a informé pour sa part lundi soir les ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité de l'Onu de l'importance que son pays accorde à "sa stabilité qui garantit celle de toute la région". L'attentat s'inscrit dans un contexte de tensions politiques au Liban et en Syrie, deux pays actuellement soumis à de fortes pressions américaines et internationales. Il intervient alors que le Liban se prépare à des élections législatives au printemps et que la Syrie, qui exerce une influence prépondérante chez son voisin, est régulièrement accusée par les Etats-Unis de soutenir le terrorisme.
"Terrible acte criminel"
Damas, qui exerce une influence sans partage au Liban, a réagi promptement à cet attentat par la voix de son président Bachar al-Assad qui a dénoncé "le terrible acte criminel qui a coûté la vie à des citoyens libanais, notamment à l'ex-Premier ministre Rafic Hariri". "Le gouvernement et le peuple syriens se placent aux côtés du Liban frère dans cette situation dangereuse et adressent à la famille de M. Hariri ainsi qu'aux familles des (autres) victimes leurs sincères condoléances", a ajouté le président syrien.
La télévision Al-Jazira du Qatar a montré lundi soir un enregistrement vidéo montrant un homme inconnu affirmant que l'attentat a été mené par "Ahmed Abou Adas" contre Rafic Hariri "en raison de ses relations avec les autorités saoudiennes". Le prince Talal ben Abdel Aziz, demi-frère du roi Fahd d'Arabie saoudite, a rejeté cette revendication. "Qu'est-ce que l'Arabie saoudite a à voir avec cette affaire?", a-t-il déclaré.
Photo : déploiement de militaires au Liban
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