
Deux semaines jour pour jour après l'attentat qui a coûté la vie à l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, le Liban a vécu lundi un nouveau développement de la crise politique qui touche le pays.
Alors que plus de 60 000 personnes étaient rassemblées à Beyrouth depuis dimanche soir pour exiger le retrait des forces syriennes et fraternisaient parfois avec les militaires chargés de les canaliser , le gouvernement s'apprêtait en effet à affronter au Parlement une motion de censure déposée par l'opposition.
Coup de théâtre
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| Omar Karamé lors de son discours |
Mais le Premier ministre Omar Karamé a choisi de démissionner de lui-même en fin d'après-midi, avant même le vote des parlementaires qui lui était pourtant acquis. "Soucieux que le gouvernement ne devienne pas un obstacle pour le bien du pays, j'annonce la démission du gouvernement que j'ai eu l'honneur de diriger", a-t-il expliqué. Cette déclaration a été suivie d'un tonnerre d'applaudissements des députés. En cours de soirée, le chef de l'Etat libanais, Emile Lahoud, a accepté la démission de son Premier ministre.
Les dizaines de milliers de manifestants rassemblés à l'appel de l'opposition la place des Martyrs, à quelques centaines de mètres du Parlement, ont laissé éclater leur joie, entonnant l'hymne national. "Ton tour viendra Lahoud, le tien aussi Bachar", ont-ils scandé, en allusion au président syrien Bachar al-Assad, sous une forêt de drapeaux.
Faire prévaloir la raison
Le leader de l'opposition Walid Joumblatt a remercié "l'opposition et le peuple qui ont mené à cette victoire". Dans une déclaration diffusée par téléphone, il a appelé "à faire prévaloir dans le même temps la raison et à ne pas lancer de slogans chauvins contre la Syrie, avec laquelle nous sommes déterminés à assainir les relations". "Le peuple a été victorieux, mais nous devons maintenant former un gouvernement impartial pour superviser les élections législatives prévues au printemps", a-t-il ajouté. Contrastant avec cette déclaration apaisante, au nord du Liban, dans le village natal du Premier ministre démissionnaire, des émeutes provoquées par des partisans de Karamé ont fait un mort...
A l'étranger, la chute du gouvernement Karamé a été saluée par la Maison Blanche, qui y voit une occasion pour les Libanais de se doter d'un nouveau gouvernement représentant la diversité du pays et d'organiser des élections libres et équitables. Le porte-parole de la Maison Blanche Scott McClellan a par ailleurs réitéré les appels lancés par les Etats-Unis à la Syrie pour qu'elle retire ses troupes du Liban. Côté syrien, la démission d'Omar Karamé a été qualifiée lundi soir par une source gouvernementale syrienne "d'affaire interne" libanaise.
(photo : manifestation à Beyrouth, ce lundi)
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