Le maire de Londres dans la tourmente

le 16 février 2005 à 14h09 , mis à jour le 16 février 2005 à 15h30

Ken Livingstone a récemment traité un journaliste juif de "gardien de camp de concentration". Depuis, il refuse de s'excuser. La dernière sommation vient de Tony Blair en personne : "Qu'il s'excuse et que l'on en finisse".

[Expiré] [Expiré] ken livingstone © afp

A Londres et dans toute la Grande-Bretagne, la polémique ne fait qu'enfler. Tony Blair s'en est même emparé : le Premier ministre britannique a sommé mercredi le maire de Londres Ken Livingstone de s'excuser à la suite de propos jugés antisémites. Un dérapage malvenu au moment où le CIO évalue à Londres la candidature de la capitale britannique pour les Jeux olympiques de 2012.

Depuis plusieurs jours, en dépits d'appels pressants de tous bords, le maire, 59 ans, forte personnalité au verbe parfois déroutant, refuse de s'excuser pour avoir traité un journaliste juif de "gardien de camp de concentration". "Beaucoup d'entre nous dans la classe politique s'énervent parfois contre les journalistes, mais dans ces circonstances, et parce que ce journaliste est juif, oui il devrait s'excuser", a déclaré mercredi lors d'une émission télévisée Tony Blair. "Qu'il s'excuse et que l'on en finisse, cela serait la chose sensée à faire", a insisté le Premier ministre.

Mais ce conseil est déjà assuré de rester lettre morte. Ken Livingstone, surnommé Ken le rouge pour des positions parfois jugées très à gauche dans le parti travailliste, avait à l'avance affirmé que même M. Blair, avec lequel ses relations sont très froides, ne lui ferait pas plier l'échine. Présenter des excuses ne serait qu'hypocrisie publique, a fait valoir le maire qui rejette les accusations d'antisémitisme, admettant cependant que son commentaire était "offensant".

Vers une suspension ?

Tony Blair "n'a pas l'intention de faire de moi son ministre des Affaires étrangères, nous avons nos rôles respectifs. Il n'est pas là pour me diriger. Il n'a pas à répondre de mes erreurs ou de mes réussites. Nous sommes jugés séparément et indépendamment", avait déclaré mardi le maire de Londres, élu en mai 2000 et réélu en 2004.

Le conseil municipal de Londres a réclamé dès lundi en vain des excuses publiques de M. Livingstone, ainsi que plusieurs organisations juives, des survivants de l'Holocauste, des membres du parti travailliste et la ministre de la Culture Tessa Jowell. Downing Street s'était abstenu jusqu'à mercredi de tout commentaire. Le conseil des institutions publiques britanniques, qui a le pouvoir de suspendre le maire de ses fonctions pour un an, voire de l'interdire de vie publique pendant cinq ans, a été saisi de l'affaire par le conseil représentatif des juifs de Grande-Bretagne.

Cette affaire qui passionne la presse londonienne est d'autant plus gênante qu'une délégation du Comité international olympique se trouve pour quatre jours dans la capitale britannique, pour étudier la solidité de sa candidature pour les Jeux olympiques de 2012, face à Paris, Madrid, New York et Moscou. Cette candidature avait déjà été affaiblie par plusieurs bourdes, dont celle de la reine Elizabeth II, qui lors d'une réception privée aurait estimé que "Paris a les meilleures chances d'être choisie".

(photo afp : Ken Livingstone)

le 16 février 2005 à 14:09
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