Opération séduction pour Rumsfeld

le 12 février 2005 à 19h45 , mis à jour le 12 février 2005 à 21h11

Oubliés, les petites phrases acides et le ton hautain vis-à-vis de la "vieille Europe". En visite en Allemagne et France, Donald Rumsfeld a plaidé samedi pour une union transatlantique dans la guerre contre le terrorisme.

rumsfeld_munichDonald Rumsfeld s'exprimant à Munich lors de la Conférence sur la sécurité © DR

"Quand j'ai mentionné pour la première fois que je pouvais me rendre en France et en Allemagne, j'ai vu des sourcils se froncer. Un blagueur a dit que ce serait un voyage intéressant après tout ce qui avait été dit. J'ai réfléchi un moment et j'ai répondu : oh, ça c'était le vieux Rumsfeld". Une manière élégante de faire amende honorable pour Donald Rumsfeld, qui avait autrefois raillé la "vieille Europe" symbolisée par la France et l'Allemagne. Le secrétaire américain à la Défense, après avoir participé jeudi à Nice à une réunion informelle des ministres de la Défense de l'Otan, était samedi en Allemagne pour la Conférence sur la sécurité, à laquelle participaient 250 invités, notamment le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan. Et c'est en préambule de son intervention à cette conférence de Munich que le représentant américain a ainsi ironisé samedi matin sur "le vieux Rumsfeld".

Sur le fond aussi, le discours a évolué : Donald Rumsfeld était ainsi présent à cette conférence pour prôner l'entraide contre le terrorisme. Il faut dire que Washington multiplie les gestes de réconciliation avec les Européens, dans la perspective de la visite de George W. Bush le 22 février à Bruxelles pour un double sommet de l'Otan et de l'Union européenne. Dans une intervention caractérisée par une volonté d'arrondir les angles, Rumsfeld a reconnu samedi l'existence de divergences, notamment sur l'Irak. "Des problèmes de cette nature entre alliés de longue date ne sont pas nouveaux", a assuré le secrétaire américain à la Défense en citant différents précédents accrochages dans le partenariat transatlantique, dont le retrait de la France du commandement militaire intégré de l'Otan en 1966, et la question du déploiement des missiles Pershing II au début des années 1980.

Eloge de la coopération transatlantique

Mais "notre unité n'a pas besoin de se transformer en une uniformité de tactiques et de vues", tant que les alliés partagent le même idéal, a-t-il souligné. Et en l'occurrence, aucune nation ne peut désormais combattre seule les "menaces asymétriques de notre nouvelle ère", selon le secrétaire américain à la Défense. Citant Winston Churchill s'exprimant sur l'Otan, Donald Rumsfeld a conclu : "si nous travaillons ensemble, rien n'est impossible". Il a prévenu qu'"il faudra la coopération de beaucoup de nations pour arrêter la prolifération des armes dangereuses". Il s'est félicité qu'en raison du travail commun accompli depuis les attentats du 11 septembre 2001 "les trois-quarts des dirigeants connus d'Al-Qaïda ont été tués ou capturés, et que les autres soient en fuite". "L'Amérique et d'autres nations de l'Otan, souvent en toute quiétude, s'échangent des renseignements, capturent des terroristes, et s'attaquent à leurs finances", a-t-il ajouté.

Comme lors de la réunion informelle des ministres de la Défense de l'Otan, jeudi à Nice, Rumsfeld a évité de rallumer toute controverse sur l'Irak où il s'est rendu lors d'un voyage-éclair vendredi, première visite d'un haut responsable américain depuis les élections du 30 janvier. "Je peux vous dire que les Irakiens sont fiers de ce qu'ils ont accompli", a-t-il déclaré en se félicitant que de nouveaux pays membres de l'Otan aient offert leur aide pour les forces de sécurité irakiennes. Selon un responsable du département d'Etat s'exprimant sous couvert de l'anonymat, six ou sept pays membres ont offert leur aide pour entraîner les forces irakiennes. Une demi-douzaine d'autres disent envisager une telle contribution, soit en envoyant des formateurs en Irak ou à l'extérieur de l'Irak ou en contribuant à un fonds pour financer cette formation.

Manifestations en marge de la Conférence de Munich

Au moins 46 manifestants ont été interpellés et 8 placés en détention samedi en marge des rassemblements contre la Conférence sur la sécurité de Munich qui ont réuni 3.500 personnes, selon la police. La majorité des interpellations ont eu lieu dans le cadre de la loi sur les rassemblements publics, a expliqué la police, précisant que les personnes arrêtées se cachaient le visage avec des foulards et étaient en possession d'armes. En fin de cortège, des heurts ont brièvement opposés les forces de l'ordre à des manifestants qui lançaient des bouteilles et des cocktails molotov. 

Photo d'ouverture : l'intervention de Donald Rumsfeld, samedi à Munich - DR

le 12 février 2005 à 19:45
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