
Dimanche soir, après une nuit entière et une journée d'incendie, il ne restait plus de la tour Windsor, qui dressait avant le sinistre sa trentaine d'étages et ses 106 mètres dans le quartier financier et d'affaires madrilène, qu'un squelette calciné et fumant, présentant des poutres d'acier déformées par la chaleur. Les parois de verre, qui avaient la particularité de changer de couleur selon l'éclairage du jour, et caractérisaient ce bâtiment, se sont effondrées dans les rues voisines. Quant aux pompiers, ils n'ont cessé d'arroser les étages inférieurs de la tour où persistaient des fumeroles qu'en début de soirée, au bout de près de 20 heures de lutte contre les flammes. Ils ont reçu les félicitations du chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, venu sur place.
"Nous sommes face à l'incendie le plus vaste de l'histoire de Madrid, mais pas le pire, car heureusement nous n'avons à déplorer aucun mort et aucun blessé grave", a commenté le maire de Madrid, Roberto Ruiz Gallardon sur place. L'élu a annoncé l'interdiction, au moins jusqu'à mercredi, de toute activité commerciale et de bureau dans la zone sinistrée, située sur le Paseo de la Castellana, l'une des avenues emblématiques de la capitale. Le cordon de sécurité ne sera pas levé tant que des experts en construction de la mairie de Madrid n'auront pas pu inspecter le bâtiment et fournir des garanties sur sa stabilité.
La thèse du court-circuit
Dimanche en début de matinée, le sous-directeur des pompiers de Madrid avait déjà fait part de son inquiétude, jugeant "la situation critique" et "l'équilibre de la structure (du bâtiment) instable". L'hypothèse la plus probable "n'est pas pour le moment l'effondrement" de la Tour Windsor, a toutefois estimé le préfet de Madrid, Constantino Mendez, soulignant qu'"il faudra la démolir car elle est en ruines". L'un des deux architectes ayant dessiné les plans du gratte-ciel achevé en 1979, Genaro Alas, a estimé que "sa structure en béton armé lui a permis de résister". Mais il ne s'est hasardé à aucun pronostic à long terme.
Une enquête a été ouverte pour déterminer l'origine de l'accident dont "la cause semble être un court-circuit", a expliqué le porte-parole des services de secours. Le maire de Madrid n'a cependant pas écarté l'hypothèse d'une "négligence humaine", même si, au moment de l'alerte lancée par un vigile de l'immeuble, il n'y avait personne à l'étage du départ du feu. Il semble que l'alarme anti-incendie de la tour ne se soit pas déclenchée, ce qui a retardé l'arrivée des pompiers. Leur tâche a été compliquée par l'intensité du sinistre, la hauteur inaccessible des flammes, et la proximité d'autres immeubles.
Le sinistre a fait craindre à certains habitants une nouvelle attaque terroriste, dans une ville marquée par les attentats islamistes du 11 mars dernier contre des trains de banlieue, qui ont fait 191 morts. Les flammes ont ravagé les 20 étages qu'occupait depuis 2002 l'important cabinet d'audit américain Deloitte, dont les responsables vont devoir rapidement trouver des bureaux à leurs quelque 1.000 employés de Madrid.
Photo d'ouverture : la tour Windsor, après le sinistre - DR
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