Un zeste de démocratie dans la monarchie saoudienne

Par F.A., avec AFP, le 09 février 2005 à 15h42 , mis à jour le 10 février 2005 à 10h13

Pour la première fois de son histoire, le royaume saoudien organise des élections. Cette ouverture est évidemment très limitée : seuls les hommes sont autorisés à élire la moitié des élus municipaux.

arabie saoudite vote

La "modernisation" de la monarchie saoudienne, entamée dans la foulée du 11 septembre, aboutit ce jeudi à sa première manifestation concrète. Evidemment, on est loin d'une élection universelle telle qu'elles sont pratiquées dans les démocraties occidentales. Le pas est petit, mais il a le mérite d'exister.

Environ 148 000 Saoudiens, uniquement les hommes âgés d'au moins 21 ans qui se sont inscrits sur les listes électorales, sont en effet appelés à choisir la moitié des 208 membres de 38 conseils municipaux à Ryad et dans sa province. L'autre moitié sera désignée par le pouvoir, comme c'est la pratique habituelle. Le reste du pays votera le 3 mars pour les provinces de l'Est et du Sud-Ouest et le 21 avril pour celles du Nord et de l'Ouest. Loi islamique oblige, les femmes ont été exclues du scrutin.

Affiches et conférences de presses

Au total, 1 818 candidats sont en lice –dont 646 à Ryad- pour 104 sièges. Le nombre des candidats suggère un très fort intérêt de la part du public, mais la proportion des électeurs potentiels qui se sont inscrits est faible, puisqu'elle est inférieure à 40%. Certains Saoudiens estiment que cela est dû au fait que le gouvernement n'a pas suffisamment expliqué en quoi consistait ce scrutin, une nouveauté totale dans ce royaume ultra-conservateur dont le système politique repose sur une structure tribale. Mais de nombreux résidents de Ryad semblent regretter aujourd'hui de ne pas s'être inscrits.

Bien que courte, puisqu'elle a débuté le 29 janvier, la campagne a constitué un cours de formation accéléré pour les résidents de Ryad et des environs. Ils on pu s'habituer à des choses jusqu'alors impensables : pages de publicité électorale achetées au prix fort dans les principaux quotidiens, affiches dans les rues représentant les candidats les plus fortunés et leurs slogans, tentes installées le long des routes pour accueillir les électeurs potentiels ou encore conférences de presse des candidats.

Pression américaine

Ces élections constituent pour l'instant le signe le plus fort du processus de changement lancé dans la foulée du 11 septembre. Revendiqués par le réseau terroriste Al-Qaïda d'Oussama ben Laden, lui-même originaire d'Arabie, et perpétrés en majorité par des Saoudiens, ils ont entraîné de fortes pressions américaines sur le régime de Ryad -pourtant l'un de ses principaux alliés arabes dans la région- pour qu'il accélère le rythme de ses réformes. George W. Bush est encore revenu à la charge la semaine dernière en demandant au gouvernement de "montrer son leadership dans la région en accroissant le rôle de son peuple dans la définition de son avenir".

Le scrutin se déroule avec pour toile de fond les attentats perpétrés par les partisans locaux d'Al-Qaïda, qui ont frappé de manière répétée depuis mai 2003, tuant 90 civils saoudiens et étrangers et 39 membres des forces de l'ordre. D'imposantes mesures de sécurité ont été mises en place dans Ryad, où les principaux bâtiments sont sous haute surveillance, d'autant qu'une conférence internationale sur le terrorisme avec la participation d'une cinquantaine de délégations étrangères s'est achevée mardi soir dans la capitale.

(photo : un Saoudien vote, jeudi matin)

Par F.A., avec AFP le 09 février 2005 à 15:42
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