© DRAprès le soulagement mêlé de tristesse, la polémique. Pier Scolari, le compagnon de la journaliste italienne Giuliana Sgrena, a affirmé samedi que "les militaires américains ne voulaient pas qu'elle s'en sorte vivante" car elle détenait des informations gênantes pour les Etats-Unis. Au moment où elle a été prise en otage, le 4 février dernier, la reporter préparait un article sur des fugitifs de Falloujah venus s'abriter dans une mosquée de Bagdad après les bombardements américains sur le bastion sunnite.
"Pluie de feu"
Giuliana Sgrena, 56 ans, a été libérée vendredi soir après un mois de captivité. Mais sur la route de l’aéroport de Bagdad, sa voiture a été prise sous le feu de soldats américains. La journaliste a été blessée et le chef de l'équipe des services spéciaux italiens l'accompagnant Nicola Calipari, 51 ans, a été tué. Selon Pier Scolari, "les Américains et les Italiens avaient été avisés du passage de la voiture. Ils étaient à 700 mètres de l'aéroport, ce qui veut dire qu'ils avaient passé tous les contrôles".
Une "pluie de feu" s'est abattue sur la voiture "au moment même où je parlais avec Nicola Calipari", a-t-elle dit par téléphone à la chaîne de télévision RaiNews24 depuis l'hôpital militaire Celio où elle a été transportée après son retour à Rome en fin de matinée. "On n'allait pas très vite étant donné les circonstances (...) Le feu continuait. Le chauffeur n'arrivait même pas à expliquer que nous étions italiens", a ajouté la journaliste. "Toute la fusillade a été suivie en direct par la présidence du Conseil qui était au téléphone avec un des membres des services spéciaux. Puis les militaires américains ont confisqué et éteint les téléphones portables", a ajouté Pier Scolari.
Tensions italo-américaines
Le chef de l'Etat, Carlo Ciampi, a exigé des explications de Washington. "Comme tous les Italiens, nous attendons des Etats-Unis des clarifications sur cette douloureuse tragédie", a-t-il annoncé samedi matin. Carlo Ciampi ne s'est manifestement pas contenté des regrets exprimés vendredi soir par le président George W. Bush lors d'un entretien téléphonique de cinq minutes avec Silvio Berlusconi.
"Le Président a toutes les raisons d'exiger des explications car les Etats-Unis sont responsables de la mort de Nicola Calipari. La seule chose à faire maintenant est de retirer nos troupes d'Irak", a affirmé Fausto Bertinotti, le secrétaire général du Parti de la Refondation Communiste. L'incident, qualifié de "fatalité" par le chef de la diplomatie italienne Gianfranco Fini, a dégénéré en nouvel affrontement entre l'opposition de gauche et la droite au pouvoir sur la présence militaire italienne en Irak. Et il a fait ressurgir les ressentiments anti-américains manifestés à maintes reprises depuis la décision du président Bush d'intervenir militairement en Irak.
" Ils ne m’ont jamais maltraitée" |
Blessée, fatiguée mais libre, l’ex otage italienne a été transportée, dès son retour à Rome samedi matin, dans un hôpital militaire pour être soignée. L'épaule en écharpe, la journaliste a descendu la passerelle soutenue par deux personnes dont son compagnon Pier Scolari qui était allé la chercher dans le Falcon 900 mis à disposition par le gouvernement italien. De nombreux collègues, des personnalités politiques comme le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi et les responsables des services secrets italiens se sont également rendus samedi à Ciampino. "Ils ne m'ont jamais maltraitée", a-t-elle dit à propos de ses ravisseurs à des collègues du journal Il Manifesto, venus l'accueillir. "Le moment le plus difficile a été lorsque j'ai vu mourir dans mes bras la personne qui m'avait sauvée", a-t-elle dit à Pier Scolari, son compagnon.
(Photo : Pier Scolari, le compagnon de Giuliana Sgrena, samedi/DR)
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