Bachar el-Assad, un "lionceau" fragile

Par , le 08 mars 2005 à 06h45 , mis à jour le 15 mars 2005 à 09h57

Arrivé au pouvoir sans l'avoir voulu ni y être prêt après les morts de son frère aîné et de son père, le président syrien est à la fois fragilisé sur le plan intérieur et sur la scène internationale. La crise libanaise met en exergue ses contradictions.

Bachar al assad © DR

Avec la crise libanaise née de l'assassinat de Rafic Hariri, la Syrie se retrouve une nouvelle fois sur le devant de la scène internationale. Et avec elle, Bachar el-Assad. Déjà placé dans la ligne de mire américaine en raison, entre autres, de la porosité de sa frontière avec l'Irak –la plupart des membres étrangers de la guérilla arrivent en Irak via la Syrie- le jeune président, âgé de 39 ans, semble également pouvoir jouer un rôle dans l'affaire de la disparition de Florence Aubenas. Autant dire qu'avec ces trois dossiers à gérer à la fois, Bachar el-Assad va devoir faire preuve d'une forte habilité politique, à la fois sur le plan extérieur que sur le plan intérieur. Une qualité dont il est loin d'avoir fait preuve en cinq ans de règne.

Arrivé au pouvoir en juin 2000 après le décès de son père, Hafez el-Assad, qui gérait la Syrie d'une main de fer depuis plus de 30 ans, Bachar el-Assad semble en effet faire les frais d'un apprentissage politique anticipé au dernier moment. En tant que fils cadet de la famille Assad, il n'était pas destiné à succéder à son père. Pendant que son frère aîné Bassel se formait au pouvoir pour prendre la suite de la "joumloukia" (ndlr : néogolisme formé des mots république et royauté), Bachar poursuivait tranquillement des études d'ophtalmologie à Londres, bien loin des problèmes militaires ou diplomatiques d'un futur raïs.

Contre la "vieille garde"

Mais, en janvier 1994, Bassel se tue dans un accident de voiture. Désigné comme nouveau dauphin, le "docteur Bachar" reçoit alors une formation accélérée. Elle ne sera que très incomplète quand son père décède, en juin 2000. A seulement 34 ans, Bachar el-Assad devient ainsi le plus jeune chef d'Etat en exercice. Mais le "lionceau" (ndlr : Assad veut dire "lion" en arabe) ne l'a pas réellement souhaité, et il est surtout loin d'être vraiment prêt.

Cette inexpérience peut expliquer, a posteriori, ses changements de direction dans les affaires de la nation, voire ses erreurs. Contre l'avis de la "vieille garde", il promet tout d'abord de libéraliser le régime, et lâche effectivement un peu de lest dans un pays qui vit depuis 1963 sous la chape de plomb du parti Baas. Il fait également de la lutte contre la corruption son autre cheval de bataille. Même si le retour en arrière est difficilement concevable, le "printemps de Damas" tournera court, notamment en raison des tensions internationales nées de la guerre en Irak. La "vieille garde" reprendra le dessus avec ses méthodes musclées : arrestations d'opposants, fermeture de salons politiques…

"Je ne suis pas Saddam Hussein"

Bref, Bachar el-Assad, qui se sent menacé, n'a jamais été vraiment à l'aise. Là encore, de quoi expliquer les cafouillages actuels sur la crise libanaise. Soumis à une pression internationale intense, lâché par les autres régimes arabes, notamment l'Arabie saoudite, Bachar el-Assad semble empêtrer dans ses contradictions.

Au début de la crise, il explique par exemple à La Repubblica que le retrait syrien ne pose pas de problèmes techniques mais qu'en échange, la Syrie exige une "garantie de paix" avec Israël. Interviewé par Time Magazine dans la foulée, il annonce que ce rapatriement "devrait intervenir dans les prochains mois", sans faire mention de l'Etat hébreu. Avant de convoquer le Parlement pour annoncer le début du retrait quelques jours plus tard. Et de lancer : "Je ne suis pas Saddam Hussein. Je veux coopérer".

(photo : Bachar el-Assad lors de son discours au Parlement, le 5 mars)

Par Fabrice Aubert le 08 mars 2005 à 06:45
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      • Le grand quiz de l'info
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        Nous recommandons
        logAudience