Berlusconi fait marche arrière sur le retrait d'Irak

le 16 mars 2005 à 16h18 , mis à jour le 17 mars 2005 à 20h22

Après avoir annoncé un retrait progressif des troupes italiennes d'Irak dès septembre, le chef du gouvernement italien a mis beaucoup d'eau dans son vin mercredi soir. Dans ses dernières déclarations, il a conditionné un tel retrait à un accord avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

berlusconi_irak_tv_italie

Silvio Berlusconi a bien du mal à contenter à la fois son opinion publique et ses alliés américain et britannique sur le chapitre de l'Irak. Mardi soir, en annonçant sur la Rai, la chaîne publique italienne, le début du retrait des troupes italiennes stationnées en Irak à partir du mois de septembre, il semblait avoir choisi l'opinion italienne, qui le boude à la veille d'importantes élections régionales les 3 et 4 avril. Mais mercredi soir, il a dû concéder : "C'était un souhait. Si ce n'est pas possible, ce n'est pas possible. Le désengagement doit être concerté avec les alliés".

Entre ces deux interventions, George W. Bush et Tony Blair lui ont en effet demandé des explications ; et la descente aux enfers des précisions et des démentis a commencé pour Berlusconi. Commentant mercredi, lors d'une conférence de presse, la décision surprise du chef du gouvernement italien, George W. Bush a indiqué : "Silvio Berlusconi m'a assuré qu'il n'y avait aucun changement de sa politique. Je lui ai demandé si je pouvais dire cela à la presse, et il m'a répondu : absolument". Silvio Berlusconi est pour sa part revenu sur ses déclarations de la veille. "On prend des phrases et on extrapole, provoquant des crises internationales qui n'existent pas", a-t-il accusé.

Car il a mis dans l'embarras son homologue britannique en affirmant avoir discuté avec lui de la nécessité de commencer le retrait d'Irak. "J'en ai parlé avec Tony Blair et c'est l'opinion publique de nos pays qui attend cette décision", avait-il confié sur la Rai, sous-entendant que les Britanniques pourraient également se désengager. Tony Blair a donc fait une mise au point mercredi. "Ni le gouvernement italien ni nous n'avons donné de date limite pour notre retrait" d'Irak, a-t-il déclaré devant la Chambre des communes. "Nous devrons nous retirer quand le travail sera fait, pas avant", a-t-il insisté. Silvio Berlusconi a assuré quelques heures plus tard qu'il n'y avait "aucun malentendu entre lui et Blair".

"Tout cela n'est pas digne d'un pays civilisé"

L'Italie a 3.303 militaires en Irak déployés dans la région de Nassiriyah sous commandement britannique. Le Parlement italien a prolongé mardi leur mission de six mois, jusqu'en septembre. Un désengagement militaire italien aurait pu précipiter un mouvement des pays alliés en Irak, alors que les Pays-Bas et l'Ukraine ont déjà commencé à se retirer et que la Bulgarie s'y prépare. Un risque qu'a voulu écarter George W. Bush : "Nos troupes reviendront à la maison quand l'Irak sera capable de se défendre lui-même. Et j'ai constaté que les autres alliés ont la même position quand j'ai parlé de cette question avec eux", a-t-il annoncé. Le chef de la diplomatie italienne Gianfranco Fini a confirmé cette lecture. "L'Italie ne prendra aucune décision unilatérale", a-t-il affirmé à la presse italienne à Bruxelles lors d'une réunion avec ses homologues de l'Union européenne.

L'annonce d'un désengagement italien, qui obéissait essentiellement à usage intérieur et électoraliste, pourrait désormais se retourner contre son auteur. Car les électeurs italiens risquent de faire payer cher à Silvio Berlusconi d'avoir été contraint de se rétracter par George W. Bush et Tony Blair. "Tout cela n'est pas digne d'un pays civilisé. A ce point, le gouvernement doit venir devant le Parlement et dire exactement ce qu'il entend faire avec les militaires italiens en Irak", a affirmé mercredi Piero Fassino, le secrétaire général du parti des Démocrates de gauche (DS, ex-communistes), la principale force de l'opposition.

Photo d'ouverture : Silvio Berlusconi, mercredi soir à la télévision italienne - DR

le 16 mars 2005 à 16:18
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience