
Daniel Cohn-Bendit, le député européen écologiste, était ce jeudi le premier invité de nos t'chats consacrés à l'Union européenne et notamment au référendum sur la Constitution. Voici des extraits de ce t'chat (cliquez ici pour en retrouver l'intégralité).
Romain : Etes-vous inquiet pour le résultat du référendum ou pensez-vous, comme Giscard, que "les Français sont des gens raisonnables" ?
Daniel Cohn-Bendit : C'est plutôt Giscard qui pense comme moi. Les Français sont des gens raisonnables et je ne suis pas inquiet, à condition que l'on fasse une vraie campagne. Or il y a en ce moment une hypocrisie totale. Après le référendum en Espagne, l'extrême gauche du "non" a dénoncé le résultat en pointant le "peu" de participation. Les mêmes ont encensé la victoire du "non" à la CGT. Or, en Espagne, 42 % des électeurs ont participé au vote, contre 5% des adhérents de la CGT.
Squale : Quel message auriez-vous pour les socialistes français qui ont voté "oui" alors que ceux qu'on entend le plus aujourd'hui feront campagne pour le "non" ?
D. C.-B. : Ceux qui sont pour le "oui" doivent faire campagne clairement. Aujourd'hui, les médias accentuent les contradictions, c'est leur rôle. En France, les commentaires sont "ouh là là, le non gagne du terrain" or les sondages ne le montrent pas. L'effritement noté en 92 avec Maastricht était déjà en cours à cette époque, or ce n'est pas le cas aujourd'hui. Il y a rupture entre les directions qui mènent une lutte d'appareil et la sensibilité des Français qui disent "prenons la Constitution et allons au-delà".
"L'unanimité, c'est anti-démocratique"
Nico : Un des arguments en faveur du "oui" est "si la France dit 'non', elle sera isolée". Ce qui signifie que si tout le monde dit "oui", il faut dire "oui". Partagez-vous cette vision de la démocratie où la minorité doit suivre la majorité coûte que coûte ?
D. C.-B. : Non. C'est pour cela que les Verts étaient pour un référendum européen. Mon raisonnement est autre. Si une majorité de pays dit "oui", alors ceux qui se prononceront pour le "non" devront dire s'ils veulent rester dans l'Union avec cette Constitution ou s'ils veulent en sortir. Ce qui est anti-démocratique, c'est l'unanimité. La minorité n'a pas le droit de bloquer le processus. Un exemple : si les 24 autres pays disent "oui", le Royaume-Uni devrait choisir entre devenir le 51e Etat des Etats-Unis ou le 25e membre de l'UE.
Corinne : Vous allez faire meeting commun avec François Bayrou. A quand un "pacs politique" puisque en coulisses, vous pensez la même chose sur de très nombreux sujets ?
D. C.-B. : Il y a surtout beaucoup de différences sur d'autres thèmes. Je vais faire campagne avec les Verts. Je vais aussi faire campagne avec les socialistes comme François Hollande ou Martine Aubry. Je vais donc également faire des meetings avec Bayrou. Le "multi-pacsage" n'existe pas. Pour moi, le débat sur un "oui" de gauche, un "oui" vert, un "oui" centriste ou socialiste n'a aucun sens. Tous les bulletins du "oui", comme ceux du "non", se ressembleront.
La seule différence qui existe entre les partisans du "oui", c'est quelle stratégie à mettre en place pour quelle Europe ? Je trouve donc légitime que, dans ce débat, les Français puissent entendre ces différences de stratégie et de perspective dans des meetings politiquement multiculturels. C'est un enrichissement du débat démocratique.
"La référence à Dieu, un problème français, pas turc"
Yves : N'êtes-vous pas choqué de voir que l'Europe a retiré sa référence historique à l'appartenance chrétienne ? Cette manoeuvre n'est-elle pas mise en place pour favoriser l'entrée de la Turquie ?
D. C.-B. : Le débat sur la référence chrétienne est un débat avec la France, non avec la Turquie, car la conception constitutionnelle de la France, c'est la république laïque. Le compromis de cette Constitution est à l'image des différences constitutionnelles de l'Europe. D'une part, la droite intégriste et catholique dénonce la Constitution car il n'y a pas de référence à Dieu. D'autre part, la gauche et l'extrême gauche intégristes laïques dénoncent la Constitution car il y a trop de Dieu. A bon entendeur, salut !
Danny the red : Vous connaissez bien la population turque en tant que citoyen et politicien allemand. L'entrée de cette nation dans l'Europe a-t-elle du sens à vos yeux ?
D. C.-B. : La démocratisation de la Turquie laïque à majorité musulmane grâce au processus de négociations fait sens. Je suis persuadé que certains pro-européens ont une posture négative face à un pays à majorité musulmane comme la Turquie.
"La Commission va retirer la directive Bolkestein"
Karl Marx : L'Europe met en concurrence les travailleurs francais (et allemands, espagnols, italiens...) avec les travailleurs des pays à faible protection sociale (pays baltes, Pologne). On l'a vu avec la directive Bolkestein, qui n'a été arrêtée qu'avec l'implication des syndicats suédois. Sauf erreur de ma part, l'Europe semble être le vecteur principal permettant le "dumping social".
D. C.-B. : Tout d'abord, sachez que la Commission va retirer cette directive la semaine prochaine. Ensuite, ce que vous dites n'est pas tout à fait vrai car l'Europe, c'est aussi une ouverture nécessaire, et justement la possibilité d'organiser le marché du travail sans dumping social. L'ouverture du marché du travail en France pour tous les travailleurs était ainsi nécessaire. Avant, il y avait par exemple un différentiel social entre la Bretagne et l'Ile-de-France. Comment unifier l'Europe par le haut ? Tel est le débat. Si on ferme les frontières, la France ou l'Allemagne se retrouveront avec des problèmes internes car la production ne pourra pas sortir. On ne va pas ouvrir le marché aux travailleurs et fermer le marché de la production.
Euro-sceptik : Pas vraiment crédible en France, pas tellement plus en Allemagne... Militer pour l'Europe, c'est un peu tout ce qui vous reste, non?
D. C.-B. : Pourquoi ne serais-je pas crédible ? C'est votre réflexion personnelle. Je la respecte même si elle est fausse. S'il ne me reste que l'Europe, tant mieux, c'est déjà beaucoup. C'est la dernière utopie pour laquelle cela vaut la peine de se battre.
Choudbruxell : Si vous deviez choisir entre l'Allemagne et la France, que feriez-vous ?
D. C.-B. : Je ne choisirais pas. Je suis un adepte de la blague juive : quand vous avez deux solutions, choisissez toujours la 3e.
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