L'UE ferme la porte à la Croatie

le 16 mars 2005 à 15h26 , mis à jour le 16 mars 2005 à 16h32

L'UE a annoncé mercredi le report sine die de l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Croatie. Motif : insuffisante coopération avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. L'UE reproche à la Croatie de n'avoir toujours pas livré au TPI le général Ante Gotovina, accusé de crimes de guerre.

[Expiré] [Expiré] gotovina © afp

C'est un sérieux coup de frein aux ambitions croates d'intégrer l'Union européenne. Mercredi, en marge d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des 25, la présidence de l'UE a annoncé officiellement le report de l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Croatie. Le Premier ministre croate a fait part de son mécontentement devant le Parlement européen. Soucieux visiblement d'atténuer les tensions, le Premier ministre luxembourgeois et président en exercice de l'UE, Jean-Claude Juncker, a laissé entendre que la porte fermée ce mercredi pourrait se rouvrir bientôt : il s'est dit "convaincu" que les négociations d'adhésion pourront débuter "dans le courant des semaines à venir". Reste que dans leur déclaration, les chefs de la diplomatie de l'UE n'ont pas fixé de nouvelle date. "La conférence intergouvernementale bilatérale (qui engagera les négociations) sera convoquée d'un commun accord dès que le Conseil aura constaté que la Croatie coopère pleinement avec le Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie", ont-ils précisé.

Car ce sont bien ces relations avec le TPI qui posent problème. Le lancement des négociations d'adhésion de la Croatie était initialement prévu jeudi. En fixant cette date en décembre dernier, les dirigeants européens avaient toutefois posé une liste de critères à respecter concernant notamment les droits de l'homme, l'économie de marché… et la coopération pleine et entière de Zagreb avec le TPI. Or, l'UE reproche à Zagreb d'avoir failli à cette exigence en ne livrant pas le général en fuite Ante Gotovina. Considéré comme un héros en Croatie, il est accusé depuis 2001 de crimes de guerre lors de la reconquête de la Krajina aux Serbes en 1995.

Le Premier ministre croate "sans regret"

Sur 626 demandes du tribunal à la Croatie, Zagreb a accédé à 625. Mais la 626e, qui concerne donc l'arrestation puis le transfert du général Gotovina à La Haye, reste à ce jour insatisfaite. Dans sa dernière intervention, le procureur du TPI, Carla Del Ponte, a souligné mardi qu'elle n'avait "noté aucun changement dans l'attitude de la Croatie, qui n'est pas déterminée à arrêter le général Gotovina". Mais les autorités croates assurent ignorer où se trouve le militaire. Et ce mercredi, après l'annonce du report des discussions, le Premier ministre croate s'est dit sans regret sur la coopération de Zagreb avec le TPI.

Faute d'ouvrir les négociations à l'échéance prévue, les ministres des Affaires étrangères, tout en soulignant "l'importance d'une coopération pleine de tous les pays des Balkans occidentaux" avec le TPI,  ont réaffirmé mercredi "l'engagement de l'Union européenne en faveur de l'adhésion de la Croatie". Dans cette perspective, ils ont adopté le "cadre de négociation" proposé par la Commission européenne pour la conduite des futurs pourparlers. L'adoption de ce cadre est un préalable indispensable à la tenue des discussions. La démarche vise à adresser à la Croatie, comme à ses voisins des Balkans, un "signal plus positif", en soulignant que l'UE ne remet pas en cause leur "perspective européenne".

Photo d'ouverture : le général Gotovina, en 1999 - archives

le 16 mars 2005 à 15:26
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