Giuliana Sgrena, journaliste italienne enlevée en Irak © LCI"Ma vérité", sous ce titre qui barre la Une du quotidien de gauche Il Manifesto, Giuliana Sgrena égrène, minute par minute presque, sa libération. La journaliste italienne, retenue en otage pendant un mois en Irak, révèle que ses ravisseurs l'ont accompagnée dans une zone de Bagdad en la prévenant "de ne pas se faire remarquer avec eux sinon les Américains pourraient intervenir". Ils l'ont alors laissée seule, les yeux couverts.
"Une voix amie m'est alors parvenue aux oreilles", poursuit-elle. "Giuliana, je suis Nicola, ne t'inquiète pas, tu es libre", lui a dit cette voix qui était celle de Nicola Calipari, l'agent des services secrets italiens, venu la chercher et qui devait mourir un peu plus tard. "J'ai éprouvé du soulagement, non pas pour ce qui se passait et que je ne comprenais pas, mais pour les paroles de ce Nicola. J'ai éprouvé finalement une consolation quasi physique, chaleureuse, que j'avais oubliée depuis longtemps".
"Sa dernière respiration"
Sur le trajet en voiture, Giuliana Sgrena raconte que le chauffeur "a communiqué deux fois à l'ambassade et en Italie" qu'ils étaient en route vers l'aéroport. "Il manquait moins d'un kilomètre. A ce point, je me rappelle seulement du feu, une pluie de feu et de projectiles s'est abattue sur nous", poursuit-elle. "Le chauffeur a crié 'Nous sommes italiens, nous sommes italiens'. Nicola Calipari s'est jeté sur moi pour me protéger, et aussitôt, je répète aussitôt, j'ai senti sa dernière respiration alors qu'il mourrait contre moi", ajoute Giuliana Sgrena.
"Je dois avoir éprouvé une douleur physique... Mes pensées sont allées aussitôt à mes ravisseurs qui m'avaient dit de faire attention 'parce que ce sont les Américains qui ne veulent pas que tu retournes', des paroles que j'avais jugées superflues et idéologiques", assure-t-elle, ajoutant : "Le reste, je ne peux pas encore le raconter".
Des images d'Italie
La journaliste évoque aussi sa détention. "Les premiers jours, je n'ai pas versé une seule larme. J'étais simplement furieuse. Je disais en face à mes ravisseurs : 'mais comment, vous m'enlevez moi qui suis contre la guerre !'" Ce à quoi ils répondaient : "Oui, parce que tu vas parler avec les gens. Et puis le fait que tu dises être contre la guerre pourrait être une couverture". "Ce fut un mois d'alternance entre espérances fortes et moments de grande dépression", poursuit Giuliana Sgrena.
Quelques jours après son enlèvement ses ravisseurs lui ont laissé voir la télévision et elle a alors vu son portrait géant accroché sur la façade du Capitole, la mairie de Rome. Mais, tout de suite après, est arrivée la revendication du Jihad qui annonçait mon exécution. "J'étais terrorisée", se appelle-t-elle. Giuliana Sgrena indique par ailleurs que deux de ses ravisseurs, dont une femme wahhabite qui s'occupait d'elle, avaient "l'aspect de soldats".
(Image d'archives : Giuliana Sgrena avant sa captivité)
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