
Le Parlement kirghiz réuni à Bichkek a décidé samedi qu'une élection présidentielle destinée à remplacer le président Askar Akaïev, renversé par l'opposition jeudi, se tiendrait le 26 juin prochain. Une décision, adoptée sans débat préalable, qui a été saluée par des applaudissements. Quant à Askar Akaïev, il n'a plus été vu dans le pays depuis jeudi dernier, alors que des milliers de manifestants de l'opposition s'emparaient à Bichkek du siège du pouvoir. Selon des informations non confirmées, il se trouve à Moscou. Le ministère russe de Affaires étrangères a cependant déclaré n'avoir aucune information sur le lieu où se trouverait Akaïev, et Vladimir Poutine s'est contenté d'indiquer vendredi que son pays était prêt à l'accueillir. Dans une déclaration diffusée vendredi par l'agence kirghize, le président déchu a démenti avoir démissionné et affirmé que son séjour à l'étranger n'était que "temporaire".
L'opposition kirghize, qui tient désormais les rênes du pouvoir à Bichkek, s'efforce désormais de rentrer dans un cadre constitutionnel et de garantir la sécurité, après les incidents et les pillages de la nuit de vendredi à samedi. Ainsi, en adoptant la date de la présidentielle, les parlementaires ont également voté la prolongation du mandat de l'ancien Parlement bicaméral jusqu'à la présidentielle, autrement dit le 26 juin. Il appartiendra ensuite au nouveau président élu de convoquer de nouvelles élections législatives. Cette décision est censée mettre fin à la controverse sur le point de savoir qui incarne le pouvoir législatif : l'ancien Parlement bicaméral toujours en place ou le nouveau Parlement monocaméral, issu du scrutin controversé de février-mars, dont les résultats ont été annulés jeudi par la Cour suprême.
Solder les comptes des législatives
Ce scrutin avait été entaché de fraudes destinées à renforcer les positions de la famille du président Akaïev, selon l'opposition qui a lancé le mouvement de contestation. Mais de nombreux députés nouvellement élus n'avaient pas l'intention de renoncer à leur mandat. Un projet de "mémorandum d'accord", un compromis destiné à rétablir l'ordre constitutionnel dans le pays en confirmant le gouvernement provisoire dirigé par Kourmanbek Bakiev, a été examiné samedi par les parlementaires, mais il semble avoir été remplacé par la décision sur la présidentielle à venir et la prolongation du mandat de l'ancien Parlement.
Venu s'adresser aux parlementaires samedi en début d'après-midi, Kourmanbek Bakiev, a annoncé qu'il serait candidat. Il a déclaré s'être entretenu par téléphone avec Vladimir Poutine pour le remercier pour "son aide et son soutien". Il a affirmé par ailleurs que les nouveaux dirigeants kirghizes "ne s'apprêtent en aucun cas à s'éloigner de la Russie". Le président russe avait déclaré vendredi n'avoir pas été "surpris" par les événements de Bichkek, incriminant la "faiblesse" du pouvoir en place, et a souligné que les autorités russes "connaissaient" les leaders du nouveau pouvoir et comptaient sur de bonnes relations avec eux. Cependant, une conférence de presse de Bakiev, prévue au siège du gouvernement, a été déplacée au dernier moment, ses collaborateurs invoquant des renseignements sur la préparation d'une tentative d'attentat.
Photo d'ouverture : Kourmanbek Bakiev, Premier ministre par intérim - DR
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