
On prend le même et on recommence. Après avoir démissionné il y a dix jours sous la pression des manifestations populaires et de l'opposition, le Premier ministre libanais pro-syrien, Omar Karamé, a été reconduit ce jeudi dans ses fonctions. Il a immédiatement souligné son retour en force. "Je reviens avec une majorité au Parlement et dans la rue", a-t-il lancé. Il faisait allusion aux 71 députés (sur 127) qui ont proposé son nom pour diriger le nouveau gouvernement et à la manifestation mardi où des centaines de milliers de personnes ont défilé à Beyrouth pour dire leur "fidélité" à la Syrie à l'appel du rassemblement des alliés de Damas, dont il s'est dit fier d'appartenir.
Dans un appel à l'opposition, il a affirmé qu'il n'accepterait "en aucun cas de former un gouvernement d'une seule couleur. Que chacun assume sa responsabilité. Si un gouvernement d'union nationale n'est pas formé, si je constitue un obstacle, je me désisterais immédiatement, car c'est l'unique voie de salut, et celui qui obstrue ou refuse assume la responsabilité de la destruction du pays" a-t-il expliqué. Il a également brandi la menace économique : "la situation économique est très dangereuse. La persistance du vide gouvernemental, l'expédition des affaires courantes et la poursuite des sit-in auront des résultats dangereux".
"Pas de raisons pour ce retour"
L'opposition a immédiatement rejeté ses appels. "Il nous faut un Premier ministre qui dirige un gouvernement d'entente nationale. Or, ce n'est pas le cas car M. Karamé est dans le camp des loyalistes" à la Syrie, a déclaré le député Antoine Andraos. "Il n'y a pas de raisons pour son retour", a ajouté ce député, membre du bloc de la Rencontre démocratique (18 députés), présidé par le chef druze Walid Joumblatt. Il a insisté pour la formation d'un gouvernement neutre qui se chargerait de limoger les chefs des services de sécurité libanais, favoriser une enquête internationale sur l'assassinat de Hariri, superviser le retrait syrien total programmé du Liban ainsi que les législatives en "toute impartialité".
En revanche, le général Michel Aoun, figure de l'opposition libanaise qui vit en exil à Paris, a minimisé l'importance de la reconduction de Omar Karamé. "Qu'il soit nommé pour la deuxième fois, c'est l'affaire du Parlement, c'est une question de nombre (de voix), ce n'est pas un choix populaire, parce que le peuple est de l'autre côté", a-t-il dit.
(photo : Omar Karamé, ce jeudi)
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