© AFPThierry Verdier est installé à Beyrouth depuis août 1999. Son quotidien -il travaille pour une grande banque française- le met en contact journalier avec la population et les décideurs libanais.
tf1.fr : En tant qu'observateur étranger, comment percevez-vous la réaction des Libanais après l'attentat contre Hariri ?
Thierry Verdier : Le jour de l'attentat, je suis allé sur les lieux de l'explosion. D'habitude, les Libanais sont des gens très extravertis. Or ce soir là, personne ne disait rien, le silence était de rigueur. L'atmosphère était très grave et très digne, C'était impressionnant.
Ensuite, beaucoup ont pensé que les Libanais allaient accepter la situation comme inéluctable. Les manifestations, notamment celle du 14 mars, ont donc beaucoup surpris. Pour la première fois, on a senti un réel sentiment d'appartenance à une nation, et non plus à une religion ou à une région. A l'exception des chiites, sunnites, druzes et chrétiens se sont retrouvés pour défendre la souveraineté du Liban. C'est très nouveau. Le lendemain, j'ai discuté avec beaucoup de Libanais. Ils étaient vraiment très étonnés de cette mobilisation.
Et aujourd'hui, il n'y a pas une seule conversation, quel que soit le sujet, qui ne démarre ou ne se termine par la situation politique.
tf1.fr : Comment se sentent justement les partisans de l'opposition ?
Thierry Verdier : La majorité d'entre eux sont très sereins. Ils ont conscience que la situation est encore très délicate, mais ils partagent un très grand espoir pour l'avenir. Ils sont très satisfaits de la manière dont se passent les choses, notamment le soutien reçu des Etats-Unis, de la France et surtout des autres pays arabes.
"Ce qui unit, pas ce qui divise"
tf1.fr : Comment sont perçues les futures élections ?
Thierry Verdier : Les Libanais les voient comme un espoir de changement. Mais ils restent très prudents sur la tenue de vraies élections propres et sur le rôle que doit tenir le président Lahoud. Surtout, la plupart souhaitent une réforme des services secrets libanais d'ici là pour limiter le risque de trucage. La présence d'observateurs de la communauté internationale est également vivement réclamée.
tf1.fr : Après l'attentat dans un quartier commerçant chrétien de Beyrouth samedi, y a-t-il des craintes de tensions interconfessionnelles et intercommunautés ?
Thierry Verdier : Une chose est sûre : les Libanais sont des gens intelligents qui ont de la mémoire. Ils n'ont pas oublié la guerre et ne veulent pas la revivre. Ils sont tous conscients qu'il ne faut pas que les différends actuels enflamment les communautés. Ils feront donc tout pour que cela ne se reproduise pas. L'exemple est d'ailleurs donné par les dirigeants qui ont une réelle volonté de trouver un consensus. Ils recherchent l'intérêt national, ce qui unit, pas ce qui divise. La manière dont les manifestations se sont déroulées en est d'ailleurs la preuve : elles étaient très bien organisées et très bien encadrées, notamment celle du Hezbollah, qui était cependant beaucoup moins spontanée.
Mais il est évident que certains n'ont pas intérêt à ce que le Liban entre dans une phase démocratique. Il faut simplement espérer que cela reste marginal et que cela provienne d'extrémistes en marge des partis. L'attentat de samedi visait à faire peur et à remettre en première ligne le vieux dilemme sur la présence syrienne : "le Liban doit choisir entre sa liberté ou sa sécurité".
(photo d'archives : manifestation de l'opposition)
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