
Dans la nuit du 30 au 31 janvier dernier, Robert McCartney, un catholique de 33 ans, père de deux enfants, est poignardé à mort à Belfast à la sortie d'un bar après une altercation avec plusieurs individus. L'un de ses amis est quant à lui grièvement blessé. La scène se déroule devant plus de 70 personnes. Malgré ce nombre impressionnant de témoins, l'enquête tournera en rond en raison de la loi du silence. La communauté catholique de Short Strand, bastion de l'IRA, est en effet peu encline à collaborer avec la police, considérée comme l'ennemie depuis le début du conflit nord-irlandais. Et elle craint également les représailles des Républicains, dont plusieurs membres sont rapidement soupçonnés d'avoir participé au meurtre.
Face à cette situation, la famille de la victime mène une importante campagne médiatique pour que les suspects soient arrêtés. Elle accuse notamment l'IRA d'avoir effacé toutes les traces dans le bar et de faire pression sur les témoins pour les réduire au silence. Elle obtient un large soutien, qui dépasse même les frontières –George W. Bush l'a ainsi invitée à la Maison Blanche pour la Saint-Patrick, la fête nationale irlandaise, le 17 mars prochain.
Enquête interne de l'IRA
De son côté, confrontée à cette pression populaire et déjà fragilisée par l'affaire du cambriolage de la Northern Bank du 20 décembre 2004 et de la révélation d'opérations de blanchiment d'argent, l'IRA mène sa propre enquête interne. Dans un texte publié mardi soir, elle détaille les circonstances du meurtre de Robert McCartney, et explique que quatre personnes y ont participé activement, dont deux sont des volontaires de l'organisation.
Elle révèle également avoir proposé à la famille, lors d'une rencontre, de tuer les deux hommes, sans autre forme de procès. Les deux sœurs et la fiancée de la victime ont refusé, soulignant qu'elles souhaitent simplement que les meurtriers – dont le nom leur a été communiqué- soient traduits en justice. L'IRA affirme également avoir "donné des garanties directes concernant leur sécurité" à trois témoins qui auraient "été victimes d'intimidations".
"Barbare"
La proposition de l'IRA de faire justice elle-même a été prise très au sérieux par les autorités. "L'IRA observe théoriquement un cessez-le-feu mais est prête à tuer les gens de sa propre communauté" affirme le chef de la police nord-irlandaise. Le communiqué a surtout déclenché un tollé général. Les gouvernements britannique et irlandais, l'opposition conservatrice, tous les partis nord-irlandais et l'émissaire américain qualifient l'offre de "barbare".
Selon Tony Blair, qui s'exprimait mercredi matin à la Chambre des communes, elle "défie l'entendement et ne peut être justifiée d'aucune manière". "Il sera impossible de faire le moindre progrès en Irlande du Nord qui inclut le Sinn Fein (ndlr : la branche politique de l'IRA), sauf à ce que la violence de toute sorte cesse complètement et totalement", a ajouté le Premier ministre. "Les Républicains font face à un choix difficile, ils doivent ou bien accepter la voie démocratique et pacifique ou être exclu du processus politique, c'est à eux de décider", a-t-il insisté.
"Erreur énorme" selon le Sinn Fein
Le communiqué de l'IRA a apparemment surpris jusqu'aux dirigeants du Sinn Fein. "Si des gens avaient été abattus, ça aurait été une erreur énorme", admet le numéro 2 du parti, Martin McGuinness, lui-même ancien leader de l'IRA et dont l'influence au sein du mouvement est décisive. En revanche, "cela élimine clairement l'idée que l'IRA puisse protéger les individus impliqués dans le meurtre" s'est-il empressé d'ajouter.
Conséquence de ces révélations : un "important militant républicain" a été arrêté mercredi, à la suite d'un témoignage. Cette interpellation est considérée comme "significative".
Retour MYTF1
Chargement en cours...





