Révolution express au Kirghizstan

Par F.A., le 24 mars 2005 à 11h21 , mis à jour le 24 mars 2005 à 22h24

Les troubles qui agitent cette république de l'ex-Union soviétique depuis quelques jours ont franchi un palier supplémentaire ce jeudi. Alors que le président Akaïev serait en fuite, la Cour suprême a annulé les résultats des législatives, et l'ancien parlement s'est réuni pour désigner un nouveau chef de l'Etat par intérim.

kirghizstan drapeauJeudi à la mi-journée, des manifestants brandissant le drapeau national ont fait irruption au siège de la présidence.

Après la Géorgie et sa "révolution de la rose" en 2003, après l'Ukraine et sa "révolution orange" en 2004, c'est donc au tour du Kirghizstan, autre république issue de l'ex-Union soviétique, frontalière de la Chine, de faire sa révolution, en rose et jaune.

Un pays enclavé en Asie centrale
Le mouvement de contestation est né après l'annonce des résultats des législatives qui se sont déroulées les 27 février et 13 mars dernier. Les adversaires du pouvoir affirment qu'elles ont été truquées. Ils accusent notamment le président Askar Akaïev, en poste depuis 1990, élu pour la première fois en 1991, et qui ne compte pas se représenter à la présidentielle d'octobre, de vouloir mettre en place un Parlement docile pour préserver les intérêts de sa famille, qui domine la vie politique et économique de la nation.

La télévision et la présidence à l'opposition

Partie de province et du sud du pays, où les heurts se multipliaient depuis le début de la semaine, la révolte a gagné Bichkek, la capitale, ce jeudi. Les leaders de l'opposition ont en effet fait venir des autobus entiers remplis de manifestants. Une dizaine de milliers se sont massés dans la matinée devant le bâtiment du siège de la présidence et du gouvernement, surnommé "Maison Blanche".

Après des affrontements avec les forces de l'ordre, ils sont entrés dans les lieux et en ont pris le contrôle en début d'après-midi, heure locale. Le principal leader de l'opposition, Kourmanbek Bakiev, y a alors pénétré de manière solennelle. Une autre figure de l'opposition, Felix Koulov, ancien vice-président, qui était jusqu'à présent emprisonné, a été libéré un peu plus tard par des manifestants, et est apparu à la télévision nationale, également investie par l'opposition.  La mécanique de la révolution allait alors en accélérant jusqu'à la fin de journée : la Cour suprême annulait les résultats des élections, puis l'ancien Parlement se réunissait, confiait les tâches du gouvernement à l'opposition, chargeait le chef du Parlement d'assurer l'intérim à la tête de l'Etat, et désignait un nouveau responsable pour assurer par intérim la direction de toutes les forces de sécurité.

Akaïev au Kazakhstan ?

Akaïev, seul président depuis 1990
De son côté, le chef de l'Etat ne s'est pas montré publiquement. Il se serait entretenu jeudi dans la matinée avec des représentants de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.  Selon plusieurs agences de presse, il aurait démissionné et pris la fuite au Kazakhstan, où il serait arrivé en fin d'après-midi. Son Premier ministre, Nikolaï Tanaïev, aurait également démissionné.

Un pays très pauvre

Géographie
Pays de montagnes, sans accès à la mer, près de la moitié de son territoire (198.500 km2) est située à plus de 3.000 mètres d'altitude. Cette république est bordée par le Kazakhstan au nord, le Tadjikistan au sud, l'Ouzbékistan à l'ouest, la Chine à l'est.

Population
5 millions d'habitants dont 65,7% de Kirghizes (musulmans), 13,9% d'Ouzbeks (musulmans) et 11,7% de Russes, ainsi que d'autres minorités et une partie des "Allemands de la Volga" déportés de Russie par Staline au début de la Seconde guerre mondiale.

Capitale
Bichkek.

Langue
Kirghiz. En novembre 2001, le Parlement a adopté un amendement à la Constitution pour faire du russe la deuxième langue d'Etat.

Indépendance
Auto-proclamée en août 1991.

Economie
La pauvreté touche plus de 64% de la population. 
PNB par habitant : 330 dollars en 2004 (France : 22 700 $)

Défense
En octobre 2003, la Russie a ouvert une base aérienne à Kant, près de Bichkek, chargée d'assurer la sécurité des pays d'Asie centrale signataires du traité de Traité de sécurité collective. Les Etats-Unis disposent également d'une base aérienne à quelques kilomètres de là, créée en 2001 pour appuyer l'opération contre le régime taliban en Afghanistan.

(photo : les manifestants à la "Maison Blanche" , ce jeudi)

Par F.A. le 24 mars 2005 à 11:21
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