
La personnalité du nouveau pape et l'inflexion qu'il donnera à l'Eglise catholique suscitent attentes et spéculations. En témoigne la réaction, mardi soir, de l'abbé Pierre en apprenant la nouvelle : "Si le cardinal Ratzinger a pris le nom de Benoît XVI, c'est qu'il veut s'inspirer de son prédécesseur", a-t-il indiqué, en affirmant son intention de "se documenter sur la personnalité de Benoît XV".
Originellement, ce nom était celui de Benoît de Nursie (480-547), considéré comme le fondateur du monachisme en Occident. Noble d'Ombrie, en Italie centrale, que ses parents aisés destinaient à une carrière administrative, il finit par choisir de se réfugier dans une grotte où un ermite accepta de lui servir de guide dans sa quête de Dieu. Il fonda le premier monastère bénédictin en 529 dans les ruines d'une forteresse au Mont-Cassin, entre Rome et Naples, où devait également être rédigée en 540 la Règle de Saint-Benoît, qui organise avec précision en 73 chapitres la vie spirituelle et matérielle des moines. Par la suite, ce nom de Benoît devint l'un des plus usités dans l'histoire de la papauté.
Mais malgré ces nombreux Benoît, le nom choisi par le cardinal Joseph Ratzinger pour devenir le 265ème pape reste surtout associé à celui de Benoît XV, le pape de la paix. Benoît XV était Giacomo della Chiesa, né à Gênes le 21 novembre 1854 et mort le 22 janvier 1922. Elu le 3 septembre 1914, alors que la Première guerre mondiale vient d'éclater, Benoît XV est resté dans l'histoire comme un pape qui a voulu rétablir la force du droit international face aux conflits armés.
Un pape admirateur d'Aristide Briand
Il a maintenu la neutralité du Vatican et s'est impliqué beaucoup pour la paix, puis pour la Société des nations. Il admirait Aristide Briand et rétablit en 1921 les relations diplomatiques avec la France qui avaient été rompues en 1904. Il fut notamment l'auteur de l'encyclique Maximum Illud, en 1919, plaidant pour que les activités missionnaires des catholiques soient nettement séparées des activités coloniales des pays occidentaux. Sous son règne avait également été enregistré un regain de ferveur pour l'eucharistie, à laquelle le pape défunt Jean Paul II avait dédié l'année en cours.
Avant Benoît XV, peu de papes ayant choisi ce nom ont laissé des traces profondes dans l'histoire de l'Eglise catholique. Le premier pape à se nommer Benoît remonte à 575, mort en 578, pendant l'une des périodes les plus confuses du VIe siècle. Il a fallu attendre plus d'un siècle pour que soit élu un Benoît II, au règne encore plus court. Benoît III se signala surtout par de nombreuses restaurations d'églises à Rome. Benoît V fut livré à l'empereur Othon 1er et banni de Rome, Benoît VI fut également déposé. Benoît VIII, grâce à une activité intense, essaya d'étendre l'influence de l'Eglise et eut des liens étroits avec les milieux monastiques réformateurs clunisiens de France. Benoît IX eut une carrière très mouvementée en raison d'affrontements entre factions de la noblesse romaine et dut excommunier un concurrent ; Benoît X fut lui-même un antipape, c'est-à-dire un pontife élu en opposition à un pape choisi de façon canonique. Benoît XIV fut une personnalité centrale dans l'histoire de l'Eglise au XVIIIe siècle qui insista notamment sur la formation du clergé.
Photo d'ouverture : portrait de Benoît XV, sur fond de basilique Saint-Pierre (photomontage)
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