
Les parents de Charlotte, une fillette britannique de 18 mois profondément handicapée, ont perdu jeudi leur bataille judiciaire pour que leur fille soit maintenue en vie coûte que coûte. En cas de nouvel arrêt respiratoire, les médecins pourront avoir recours à tous les traitements, à l'exception de l'intubation et la ventilation artificielle, a tranché en appel le juge Mark Hedley, de la Haute cour de Londres.
Pour la première fois, l'acharnement thérapeutique condamné
Le centre hospitalier d'Orange a été condamné par le tribunal administratif de Nîmes pour avoir réanimé un bébé, né en 2002 en état de mort apparente, aujourd'hui lourdement handicapé.
Publié le 11/11/2009
La petite fille, prématurée de 14 semaines qui mesurait 13 centimètres et pesait 450 grammes à la naissance, n'a jamais quitté l'hôpital depuis sa naissance. Elle passe la majeure partie de son temps dans un caisson d'oxygène, et n'en sort que lorsque ses parents la prennent dans leurs bras. Le juge Hedley a précisé jeudi qu'"il n'était pas dans le meilleur intérêt de Charlotte" d'être maintenue en vie coûte que coûte. Les médecins estiment en effet qu'en cas de nouvel arrêt respiratoire, réanimer Charlotte, qui souffre de graves malformations rénales, respiratoires et cérébrales, serait "vain et peut-être inhumain" car cela ne ferait que prolonger ses souffrances. Toutefois, a déclaré le juge, sa décision n'est pas définitive et peut être révisée.
Se pliant à l'avis des médecins, le 7 octobre 2004, le juge Mark Hedley avait déjà autorisé l'hôpital de Portsmouth à ne pas s'acharner en cas de quatrième arrêt respiratoire. Les parents, Darren et Debbie Wyatt, âgés respectivement de 33 et 23 ans, souhaitaient que le juge Hedley reviennent sur son jugement et obligent les médecins à soutenir Charlotte en cas de défaillance. Un jugement qu'il avait pourtant confirmé une première fois le 28 janvier. La décision du juge était attendue avec crainte par la communauté médicale britannique, soucieuse de ne pas voir ses diagnostics contestés à la barre des tribunaux. Preuve du côté sensible de ce dossier, les pédiatres venus témoigner à trois reprises devant la Haute cour, en octobre, janvier et mars, ont toujours déposé à la barre sous le sceau de l'anonymat. De crainte de devenir la cible de militants extrémistes.
Une "souffrance continue"
De fait, la situation est très tendue entre les parents de Charlotte et les médecins. Darren Wyatt les a même accusés de mentir sciemment sur l'état de santé de leur fille, lors du dernier examen de cette affaire. "Plus elle est stimulée plus elle sourit, je le vois, elle fait des progrès", avait-il insisté. "Elle fait certes des mouvements faciaux, mais je ne l'ai jamais vue sourire", avait rétorqué le Dr H. Pour les médecins, Charlotte est toujours condamnée : "la ventiler pourrait la faire souffrir encore un peu plus, sans que cela serve à quoi que ce soit", a affirmé anonymement cette semaine une source au sein de l'hôpital. Mais la même source a aussi admis que la fillette pourrait survivre ainsi "un temps considérable". Des années plus que des mois.
"Si le gars là haut dit qu'une personne doit vivre, c'est qu'elle doit vivre", avait insisté Darren Wyatt, un fervent chrétien déclarant croire aux miracles. Une vision dénoncée par les médecins, selon qui l'existence de Charlotte, "pratiquement aveugle et qui ne réagit pas aux sons", ne serait qu'une "souffrance continue". Jusqu'à ce dossier concernant la petite Charlotte, seuls deux cas analogues s'étaient présentés devant la justice. A chaque fois les médecins avaient eu gain de cause.
Photo, d'ouverture : Charlotte bercée par sa mère, près de sa couveuse - DR
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