© AFP / MARTIN BERNETTI Les manifestations réclamant la démission du président équatorien Lucio Gutierrez s'étaient multipliées ces derniers jours. Une grande marche réunissant 30.000 personnes avait dégénéré en affrontements dans la nuit de mardi à mercredi. La police avait dispersé les protestataires à coups de gaz lacrymogènes. Un photographe chilien de 58 ans était mort asphyxié et de nombreuses personnes avaient été blessées. Le commandant de la police, le général Jorge Poveda, avait démissionné quelques heures plus tard, estimant "ne plus pouvoir continuer à être témoin d'affrontements au sein du peuple équatorien".
Ces dernières violences semblent avoir agi comme un détonateur. Le parlement équatorien a destitué mercredi par une écrasante majorité (60 voix sur 62 députés présents) le président Gutierrez et a nommé à sa place, conformément à la constitution, le vice-président Alfredo Palacio. Il devrait rester en poste jusqu'à la fin du mandat auquel avait été élu Lucio Gutierrez en 2002, soit jusqu'au 15 janvier 2007. Les premiers mots du nouveau président ont été : "la dictature est terminée". Après ce vote du parlement, les forces armées ont annoncé par la voix du ministre de la Défense, le général Nelson Herrera, qu'elles retiraient leur soutien au président.
Offre d'asile du Venezuela
Le président déchu n'a fait aucune déclaration publique ; mais il a été vu quittant le palais présidentiel en hélicoptère, pour une direction inconnue. Selon la télévision locale, il se dirigerait vers le Panama où se trouveraient son épouse et ses deux filles. De son côté, le Venezuela a fait savoir, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, qu'il "ne voit pas d'inconvénients" à accorder l'asile au président destitué.
Au cours de la matinée, la présidence avait pourtant fait savoir que Lucio Gutierrez n'avait aucune intention de quitter le pouvoir. Dans ce contexte très tendu, l'ambassadrice des Etats-Unis Kristie Kenney l'avait rencontré au palais présidentiel sans qu'aucune information ne filtre sur le contenu de leurs discussions. Glenn Warren, chef du service de presse de l'ambassade américaine, avait admis que les Etats-Unis étaient "très préoccupés de ce qui se passe en Equateur", pays exportateur de pétrole, de bananes et de cacao.
La crise avait éclaté autour d'une réforme de la Cour suprême de justice décidée en décembre. Les adversaires du président estimaient que Lucio Gutierrez y avait placé ses hommes. L'opposition avait obtenu dimanche la dissolution de la Cour. Mais le mécontentement populaire surtout à Quito devenait impossible à contenir dans ce pays instable politiquement depuis une dizaine d'années. Beaucoup de manifestants reprochaient à Gutierrez, ancien colonel arrivé au pouvoir il y a 27 mois avec le soutien du mouvement indien, d'avoir promis des réformes économiques et sociales et d'avoir, à la place, appliqué une stricte politique de rigueur, conformément aux exigences du Fonds monétaire international.
Photo d'ouverture : face à face police-manifestants à Quito - AFP / MARTIN BERNETTI
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