
Les résultats de la présidentielle qui s'est tenue ce dimanche au Togo sont tombés mardi en début d'après-midi. Selon les chiffres provisoires fournis à Lomé par la Commission électorale, le candidat du parti au pouvoir, Faure Gnassingbé, fils du président Eyadéma décédé en février dernier, a remporté l'élection avec 60,22 % des suffrages devant le candidat de l'opposition Emmanuel Akitani Bob (38,19%) et Harry Olympio (0,55%). Des résultats qui risquent de ne rien régler dans ce pays où la campagne électorale a été émaillée de violences, et où parti au pouvoir (le Rassemblement du peuple togolais, ex-parti unique) et opposition (principalement l'Union des forces du changement) se sont accusés mutuellement de fraudes.
Après les affrontements du week-end dernier à Lomé, de nouveaux incidents ont éclaté dès la proclamation des résultats officiels. Des jeunes hostiles au pouvoir en place ont affronté les forces de l'ordre dans divers quartiers de la ville, notamment dans les quartiers de Kodjoviakope et Nykonapoe, vers la frontière ghanéenne, qui jouxte Lomé à l'ouest. Des scènes de pillage ont été filmées, visant notamment des commerces libanais. Au moins trente ressortissants français ont été exfiltrés de leurs maisons dans la capitale togolaise par la police.
Mardi soir, la situation s'était quelque peu calmée au terme d'une journée particulièrement confuse, selon le journaliste Blaise Sallah, joint par tf1.fr à Lomé. Tous les habitants étaient claquemurés chez eux, et le quartier de Bé, l'un des fiefs de l'opposition, était bouclé. Les barricades élevées par les jeunes manifestants et les tranchées creusées en pleine rue étaient encore visibles. Le bilan des affrontements de la journée était difficile à établir : Blaise Sallah pouvait seulement citer l'exemple d'un jeune de son quartier, tué d'une balle en pleine poitrine. Mercredi à la mi-journée, des sources hospitalières à Lomé évoquaient un bilan d'au moins 11 morts et 95 blessés.
La tentative de médiation d'Olusegun Obasanjo
Tout au long de la campagne, Faure Gnassingbé, porté à la présidence par l'armée dès la mort de Gnassingbé Eyadéma (avant de devoir se retirer sous pression internationale et d'organiser des élections) a pourtant tenté de se poser en rassembleur, dans un pays miné par les rivalité ethniques. S'il est lié par son père à l'ethnie du Nord kabye, majoritaire dans l'armée (dont il a le soutien inconditionnel) et qui représente 12% de la population togolaise, la mère de Faure Gnassingbé est en revanche une Ewe, une ethnie du Sud qui représente dans les 21% des Togolais. Gilchrist Olympio, figure historique de l'opposition togolaise car fils du premier président du Togo indépendant, est pour sa part représentant des ethnies du Sud, majoritaires dans la capitale mais minoritaires ailleurs dans le pays.
Mais pour Faure Gnassingbé, cette image de "rassembleur" autoproclamé peine à s'imposer. Car à la tension dans la rue, répond une tension politique tout aussi perceptible. Des opposants togolais réunis au sein du Comité togolais de résistance (CTR) ont d'ores et déjà appelé "à une insurrection généralisée". Pour sa part, Gilchrist Olympio a dénoncé depuis le Ghana où il se trouve actuellement "une fraude massive" et a prévenu que la situation dans Lomé menaçait de devenir incontrôlable. La perspective d'un gouvernement d'union nationale, qu'avait laissée espérer lundi soir une rencontre inédite entre Gilchrist Olympio et Faure Gnassingbé organisée par Olusegun Obasanjo, président nigérian et président en exercice de l'Union africaine, semble de plus en plus lointaine...
Pour leur part, les observateurs africains présents lors du scrutin de dimanche ont estimé, mardi soir, que les conditions du vote ont répondu "globalement aux critères et principes universellement admis en matière d'élection", malgré des "incidents". Le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan a, lui, lancé un "appel urgent au calme".
Manifestation à Paris
Selon des témoins proches de l'opposition togolaise contactés à Paris par tf1.fr, entre 100 et 150 manifestants se sont rassemblés mardi soir devant l'ambassade du Togo, dans le XVIIème arrondissement de la capitale, criant des slogans hostiles au pouvoir togolais et à Jacques Chirac. Un face à face très tendu a suivi entre les manifestants et les forces de l'ordre, qui bloquaient l'accès à l'ambassade.
Photo d'ouverture : mardi à Lomé - DR
Retour MYTF1
Chargement en cours...




