
Les forces irakiennes et multinationales ont mené dimanche une série d'opérations autour de la ville de Madaïen, au sud de Bagdad, où des insurgés sunnites retiennent en otages des habitants chiites. Elles ont commencé à fouiller les villages proches, arrêtant 52 suspects. Les forces irakiennes auraient pénétré dans Madaïen dimanche matin mais, selon une source militaire irakienne, ces forces espèrent encore une médiation du Comité des oulémas, principale association de religieux sunnites, avant de lancer l'assaut.
Pour sa part, une source au ministère de l'Intérieur a indiqué dimanche soir que "la décision d'entrer en ville a été repoussée à demain matin (lundi)". Le secrétaire d'Etat à la sécurité nationale Kassem Daoud a qualifié par ailleurs la prise d'otages de "tentative de faire plonger le pays dans une guerre confessionnelle", tout en démentant des informations de responsables du ministère de l'Intérieur selon lesquels le conflit aurait une origine tribale.
Un conflit d'origine tribale ?
La prise d'otages semble avoir commencé vendredi. Des hommes armés, entrés à bord de camions dans la ville multi-confessionnelle, ont détenu plus de 80 personnes, dont des femmes et des enfants, et forcé d'autres à quitter les lieux, selon une source militaire. Le même jour, un autre groupe supposé lié à la prise d'otages a plastiqué un lieu de prière chiite dans la ville, alors qu'aucun fidèle ne s'y trouvait.
Selon une source du ministère de l'Intérieur, des éléments de la tribu sunnite des Dlimi sont responsables de la prise d'otages. Ils entendent se venger de chiites de la ville d'Amara qui ont récemment enlevé 20 des leurs à la suite du rapt de neuf habitants de cette ville, dont une jeune femme qui a été violée puis libérée. Le groupe d'Abou Moussab al-Zarqaoui, chef d'Al-Qaïda en Irak, a accusé les autorités irakiennes d'avoir suscité la crise des otages pour "agresser les sunnites" de Madaïen.
Un Français tué à Bagdad
Ces événements ont bouleversé l'agenda de l'Assemblée nationale, qui prévoyait de débattre dimanche de son règlement intérieur. A la place, les députés ont voté la création d'une commission d'enquête de cinq membres, chargées de les informer de la situation sur place. Parallèlement, les négociations se sont poursuivies pour la formation du gouvernement censé rassembler chiites, kurdes et sunnites.
Pendant ce temps, les violences continuaient. Le Quai d'Orsay a confirmé dimanche la mort d'un ressortissant français dans un attentat suicide samedi à Bagdad, qui a également coûté la vie à une humanitaire américaine. L'armée américaine a annoncé pour sa part dimanche la mort de trois de ses soldats, tués par des tirs de mortier la veille sur leur base près de Ramadi. A Mossoul, un colonel de police a été abattu par des inconnus alors qu'il sortait de sa maison. A Bagdad, un commandant d'une unité de commandos de la police a été tué samedi soir par des hommes armés. Par ailleurs un membre du conseil municipal de Moqdadia a été abattu dimanche devant sa maison. Enfin, 19 corps appartenant à des hommes non identifiés ont été découverts ces derniers jours dans la région de Aziziyah.
(Madaïen, au sud de Bagdad cet après-midi/DR)
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