L'Irak poursuit Blair au seuil des législatives

le 28 avril 2005 à 15h22 , mis à jour le 28 avril 2005 à 15h50

Après de premières révélations dans la presse britannique, Tony Blair a dû accepter de publier, à une semaine des législatives, l'avis intégral de l'attorney général Lord Goldsmith fourni le 7 mars 2003 sur la légalité de la guerre en Irak. Un avis qui n'était pas précisément favorable à l'intervention armée.

grande bretagne tony blair elections © INTERNE

A une semaine des législatives du 5 mai, Tony Blair, contraint et forcé, a finalement publié jeudi l'avis du procureur général sur la légalité de la guerre en Irak, ce qu'il avait toujours refusé de faire. La publication dès mercredi soir par les médias d'extraits de cet avis confidentiel, rédigé par l'attorney général Lord Goldsmith et donné au gouvernement le 7 mars 2003, a provoqué cette étonnante volte-face du leader travailliste.

Dans ses recommandations, Lord Goldsmith se montrait sceptique sur la légalité de l'invasion de l'Irak sans nouvelle résolution de l'Onu. Cet avis avait été envoyé deux semaines avant l'intervention américano-britannique et plusieurs mois après que le Conseil de sécurité de l'Onu eut voté la résolution 1441 menaçant le régime de Saddam Hussein de "graves conséquences" en cas de "violation patente" de ses obligations en matière de désarmement. Dans un résumé de son avis rendu public 10 jours plus tard et transmis au parlement, l'attorney général jugeait pourtant légale une invasion de l'Irak. Les responsables de l'opposition ont aussitôt pointé la différence entre les deux documents, demandant des explications et appelant à la publication intégrale de cet avis légal, requête à laquelle Tony Blair a finalement accédé jeudi en fin de matinée.

La question du veto "déraisonnable"

Les attaques de l'opposition, à une semaine d'un scrutin qu'il semble assuré d'emporter, ont probablement convaincu Blair qu'il était de son intérêt de publier le document. "Nous avons aujourd'hui la confirmation que, en dix jours, l'attorney général a changé d'avis de façon significative", a lancé le chef du parti libéral-démocrate Charles Kennedy. Le porte-parole conservateur aux Affaires étrangères Michael Ancram a pour sa part accusé Tony Blair d'avoir "menti" sur l'Irak. L'un des points les plus intéressants de l'avis de Lord Goldsmith est le fait qu'il n'y avait pas, selon lui, de base légale pour parler d'un veto "raisonnable" ou "déraisonnable" de la part des membres du Conseil de sécurité de l'Onu, démolissant ainsi l'un des arguments du gouvernement. Tony Blair avait, pour justifier une intervention en Irak sans un feu vert préalable de l'Onu, affirmé à l'époque qu'il renonçait à obtenir une deuxième résolution en raison de la menace de "veto déraisonnable" de la France.

L'Irak, qui colle décidément à la peau de Tony Blair, se réinvite donc une fois de plus dans la campagne électorale. L'impact de ce mini-coup de théâtre est cependant difficile à mesurer. En tant que tel, l'Irak importe peu aux électeurs, même si quelque 7.500 soldats britanniques y sont toujours stationnés, et seulement 3% des Britanniques affirmaient dans un récent sondage que c'était pour eux le facteur déterminant dans le scrutin. Jeudi, le ministre des Affaires étrangères Jack Straw a tenté de justifier la guerre, affirmant que Lord Goldsmith n'avait pas changé d'avis (argument également défendu par la ministre du Commerce et de l'Industrie Patricia Hewitt), et dénonçant une affaire "politique depuis toujours". Le ministre des Finances Gordon Brown a aussi affirmé qu'en 2003, il aurait agi de la même façon que le Premier ministre.

Photo d'ouverture : Tony Blair - archives

le 28 avril 2005 à 15:22
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