Joseph Ratzinger, gardien de la doctrine

le 19 avril 2005 à 19h16 , mis à jour le 20 avril 2005 à 15h36

Champion du camp conservateur, préfet sortant de la congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Ratzinger succède à Jean Paul II, dont il était proche. Son intransigeance doctrinale rassure l'aile conservatrice pour laquelle Jean Paul II était allé trop loin dans la repentance de l'Eglise pour son histoire passée et dans le dialogue avec les autres religions.

ratzinger_messe2Le cardinal Ratzinger, lundi matin, lors de la dernière messe à la basilique Saint-Pierre avant le début du conclave, prononce une homélie en forme de discours programme, condamnant "la dictature du relativisme".

Né le 16 avril 1927 à Marktl am Inn, dans le diocèse de Passau, en Bavière, Joseph Ratzinger est, à 78 ans, considéré comme le "gardien de la doctrine". Il avait, avant le début du conclave, prononcé lors de la dernière messe une homélie qui avait valeur de programme, au cours de laquelle il avait notamment dénoncé la "dictature du relativisme". Fait cardinal le 25 juin 1977 par Paul VI, théologien, très conservateur, cet Allemand s'est opposé avec vigueur à la Théologie de la libération prônée par un secteur du clergé sud-américain et aux théologiens réformistes comme Hans Kung ou Eugen Drewermann.

Il dirigeait avant la mort de Jean Paul II la puissante congrégation pour la doctrine de la foi, l'héritière de la sainte inquisition tristement célèbre pour ses bûchers et ses autodafés de la fin du Moyen-Age. Ses partisans l'ont d'ailleurs fièrement surnommé "le grand inquisiteur" et saluent son action pour "réduire au silence les théologiens dissidents" et "écraser les hérésies". Chargé par Jean Paul II de rédiger les textes de méditation du chemin de croix pour la semaine sainte, il avait livré un véritable réquisitoire dans lequel il avait fustigé "les souillures", "l'orgueil" et "l'autosuffisance" au sein de l'Eglise.

Des prises de position tranchantes

Le cardinal Ratzinger est détesté de nombreux catholiques progressistes. De 1981 à aujourd'hui, ses interdits ne se comptent plus: non à l'ordination des femmes, non au mariage des prêtres, non à l'homosexualité, non au communisme, non à la Turquie dans l'Europe. Ses prises de position sont tranchantes, comme son regard bleu métal et son sourire pincé. Elles ont souvent menacé de provoquer des crises politiques. En 2004, il s'est ainsi opposé à l'intégration de la Turquie musulmane dans l'Union européenne, la qualifiant "d'énorme erreur" et de "décision contre l'histoire". Face à une Eglise en crise, il préconise le repli et le rapprochement avec les mouvements catholiques les plus radicaux, voire "fondamentalistes".

"Plus une religion s'assimile au monde et plus elle devient superflue", a-t-il notamment affirmé en octobre 2004 dans un entretien à l'hebdomadaire italien Panorama. "En revanche, les nouveaux mouvements chrétiens, comme les évangéliques, les charismatiques ou les églises libres en Allemagne sont en plein essor parce qu'ils défendent bec et ongles les grandes valeurs morales contre l'évolution des mentalités".

Photo d'ouverture : la première apparition publique du nouveau pape, Joseph Ratzinger, qui s'est choisi le nom de Benoît XVI - DR

le 19 avril 2005 à 19:16
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