
Près de cinq ans après le début de la deuxième Intifada, l'Esplanade des Mosquées, dans la vieille ville de Jérusalem, est redevenue dimanche un point de tension. La police israélienne déployée en force a empêché une poignée de militants israéliens d'extrême droite de s'approcher de la place, où des milliers de musulmans étaient mobilisés. Vingt-deux militants d'extrême droite ont été interpellés par la police qui avait déployé quelque 3.000 hommes dans et autour de la Vieille Ville de Jérusalem. Parmi eux figure Israël Cohen, chef du groupuscule ultra-nationaliste "Revava" (Myriade en hébreu), qui avait appelé à prier en masse sur l'Esplanade pour dénoncer l'évacuation prévue cet été de la bande de Gaza et des 8.000 colons israéliens installés sur ce territoire.
Au final, seuls quelques dizaines d'ultra-nationalistes israéliens, dont des adolescents et des enfants, ont répondu à cet appel et la police n'a eu aucune peine à les bloquer et à leur interdire l'accès à l'esplanade. Sur l'Esplanade même, où plusieurs milliers de musulmans s'étaient mobilisés pour défendre la mosquée al-Aqsa, troisième lieu saint de l'islam, la prière de l'après-midi s'est achevée sans incident et une partie des fidèles ont quitté les lieux, selon la police israélienne. Aux portes de l'Esplanade, la police montée a tiré des grenades assourdissantes afin de maintenir à distance de jeunes palestiniens qui tentaient d'y pénétrer et avaient jeté des pierres et des bouteilles sur les forces de l'ordre. Trois policiers ont été légèrement blessés au cours de ces heurts.
Le ministre israélien de la Sécurité intérieure sur place
Par précaution, les autorités israéliennes avaient limité l'accès au site aux seuls Arabes israéliens et aux Palestiniens de Jérusalem-est (annexée) âgés de plus de 40 ans, ainsi qu'aux femmes musulmanes, de craintes d'affrontements. Cette mesure n'a toutefois pas empêché un des chefs politique du Hamas en Cisjordanie, le cheikh Hassan Youssef, un Palestinien de Ramallah, de s'infiltrer sur l'Esplanade. "Son identité n'est pas marquée sur son front, et comme il a une soixantaine d'années il a pu passer, car malheureusement le tronçon de la barrière de sécurité qui doit relier Jérusalem à Ramallah n'est pas achevé", a déploré le ministre de la Sécurité intérieure Gideon Ezra qui se trouvait sur place. La police a également empêché quatre députés d'opposition d'extrême droite de pénétrer sur l'Esplanade, le mont du Temple pour les juifs. Des parlementaires arabes d'opposition étaient de leur côté présents sur l'Esplanade pour empêcher une "provocation".
La seule menace de manifester sur l'Esplanade a suscité une vive émotion dans le monde arabe et une vague de manifestations palestiniennes de plusieurs milliers d'écoliers et lycéens dimanche dans les principales villes et les camps de réfugiés de la bande de Gaza ainsi qu'à Hébron. L'esplanade des Mosquées a été construite sur les vestiges du temple d'Hérode détruit en 70 ap. JC. Le rabbinat interdit aux fidèles juifs de s'y rendre, de crainte qu'ils ne foulent le Saint des Saints de l'ancien Temple, lieu sacré par excellence. Le 28 septembre 2000, la visite de l'Esplanade par l'actuel Premier ministre Ariel Sharon, alors chef de l'opposition, avait été ressentie comme une provocation par les Palestiniens. La répression sanglante par la police israélienne de manifestations de protestations palestiniennes au lendemain de cette visite avait marqué le déclenchement de la deuxième Intifada.
Face à l'échec de l'appel des ultra-nationalistes dimanche, un responsable du groupe "Revava" a annoncé en soirée que ses militants tenteront le 9 mai d'aller prier sur le Mont du Temple.
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