Violences post-électorales au Togo

le 24 avril 2005 à 15h45 , mis à jour le 25 avril 2005 à 13h11

Les résultats de la présidentielle qui s'est tenue ce dimanche au Togo ne seront pas connus avant mardi. Le scrutin a été marqué par des violences ayant fait au moins trois morts et plus de 20 blessés à Lomé. Le pouvoir et l'opposition s'accusent mutuellement de fraudes.

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Il faudra attendre au moins jusqu'à mardi, et peut-être plus, pour connaître le résultat de l'élection présidentielle (la première depuis quatre décennies) qui s'est tenue ce dimanche au Togo. "Nous en sommes toujours au recensement des résultats des Commissions électorales locales indépendantes (Celi). Pour le moment, nous avons collecté 14% des résultats", indiquait lundi à la mi-journée un responsable de la Commission nationale.

Mais quel que soit le nom du successeur du général Gnassingbé Eyadéma, décédé en février après 38 ans de pouvoir absolu, la proclamation du résultat risque de générer des remous après une campagne électorale marquée par les violences et un vote au cours duquel les affrontements ont fait au moins trois morts et plus de 20 blessés à Lomé. Les forces de sécurité ont tiré à balles réelles à quatre reprises dans la capitale, a reconnu une source de la police, sans citer de bilan. Une source diplomatique occidentale a déclaré pour sa part avoir, dans la soirée, "vu trois cadavres" de jeunes dans un quartier de Lomé. A l'hôpital de Bé, un des fiefs de l'opposition, des blessés ont affirmé avoir été victimes de tirs de l'armée qui cherchait à récupérer des urnes dans des bureaux de vote.

Outre ces violences, des tentatives de fraude ont été notées dans plusieurs bureaux de Lomé, selon des témoins, impliquant des personnes trouvées en possession de plusieurs cartes d'électeurs ou de bulletins de vote pour le Rassemblement du peuple togolais (RPT - ex-parti unique). L'envoyé spécial de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) au Togo, Boukar Mai Manga, s'est cependant dit "satisfait" de la tenue du scrutin, sans pouvoir se prononcer sur des irrégularités.

Faure Gnassingbé s'exprime déjà en président

L'élection, un scrutin majoritaire à un tour, se résumait en un duel entre Faure Gnassingbé, fils du président décédé et candidat du RPT, et le candidat de la coalition de l'opposition radicale. L'opposition avait promis la fin de "l'ancien système", et voulait empêcher l'instauration d'une "monarchie". Mais son leader, Gilchrist Olympio, vit en exil à Paris et ne pouvait pas se présenter ;  Faure Gnassingbé, 39 ans, brièvement installé par l'armée à la tête de ce petit pays d'Afrique de l'Ouest à la mort de son père, le 5 février, se trouvait donc face à Emmanuel Akitani Bob, 74 ans, candidat de la coalition de l'opposition, qui avait réclamé un report du vote. Un petit candidat de l'opposition modérée, Harry Olympio ne semblait pas en mesure de s'imposer.

Après les violences de dimanche, l'opposition radicale a dénoncé des "fraudes graves et délibérées" pour porter au pouvoir Faure Gnassingbé. Le secrétaire général du RPT, Dama Dramani a lui dénoncé les "fraudes massives organisées par l'opposition". Quant à "Faure", qui, le 25 février dernier, avait dû se retirer, sous la pression internationale, de la présidence intérimaire, il a affiché sa sérénité dimanche, et s'est exprimé comme un futur président. "Nous avons déjà remporté une première bataille : l'élection a eu lieu au moment prévu par la Constitution", a-t-il déclaré après avoir voté. Il a réaffirmé son intention de former un "gouvernement d'union et d'ouverture". "Si (l'opposition) parle de fraude c'est peut-être qu'elle sent déjà qu'elle va perdre", a-t-il dit.

Photo d'ouverture : scènes de violences dans les rues de Lomé, dimanche soir - DR

le 24 avril 2005 à 15:45
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