© DRL'Algérie a célébré dimanche à Sétif le 60e anniversaire de la sanglante répression de manifestations pro-indépendantistes ayant fait des milliers de morts le 8 mai 1945. Des dizaines de milliers de personnes ont participé à une marche dans cette ville située à 300 kilomètres à l'est d'Alger. Elles ont emprunté le même parcours qu'avaient suivi, il y a 60 ans, des manifestants rassemblés pour demander l'indépendance de l'Algérie, alors que les Alliés célébraient leur victoire sur le nazisme.
"Tragédie inexcusable"
Elles se sont recueillies à l'endroit où avait été tuée la première victime des massacres, le jeune scout Bouzid Saal, en présence des ministres des anciens combattants, et de la jeunesse et des sports, Djamel Ould Abbès et Yahia Guidoum. Parcourant la rue du 8 mai 1945 (ex-rue Georges Clemenceau), brandissant des banderoles proclamant notamment "8 mai 45: crime contre l'humanité, début de la fin pour les forces coloniales", elles se sont rassemblées près de la célèbre fontaine Aïn El-Fouara, symbole de cette ville.
Le 27 février, dans un geste inédit depuis l'indépendance de l'Algérie en 1962, l'ambassadeur de France à Alger, Hubert Colin de Verdière, avait rendu hommage aux victimes des massacres en se recueillant à leur mémoire, à Sétif. Parlant de "tragédie inexcusable" à propos de ces événements, il avait regretté qu'"un abîme d'incompréhension entre les communautés" algérienne et française ait pu produire "cet enchaînement d'un climat de peur, de manifestations et de leur répression, d'assassinats et de massacres". Le ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier a déclaré que la démarche de l'ambassadeur de France était "celle des autorités françaises".
"Crimes contre l'humanité"
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a pour sa part affirmé, dans un message lu en son nom, que "le peuple algérien en entier attend encore de la France (...) que les déclarations de l'ambassadeur de France soient suivies d'un geste plus probant". Dans une allusion à une éventuelle demande de pardon de la France, M. Bouteflika a souligné que "le peuple algérien a accueilli favorablement les propos de son excellence l'ambassadeur de France (...). Des propos qui laissaient croire à des tentatives de reconnaissance par les commanditaires et les auteurs des massacres du 8 mai 1945".
La Fondation du 8 mai 45, créée en 1990 par l'ancien ministre algérien Bachir Boumaza, milite pour que ces événements soient qualifiés de "crimes de guerre" et de "crimes contre l'humanité". Selon les historiens algériens, quelque 45.000 personnes ont été tuées dans les massacres de la région de Sétif. Les estimations de sources françaises font pour leur part état de 15.000 à 20.000 morts, dont 103 Européens.
(Image : Sétif, en Algérie, dimanche après-midi)
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